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Circonscriptions clĂ©s Fatiha Layadi, victime d’un putsch au PAM
actuel n°112, vendredi 14 octobre 2011
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EtrillĂ© par le 20-FĂ©vrier, Fouad Ali El Himma ne se reprĂ©sente pas  aux lĂ©gislatives. Et sa colistière de la circonscription des Rhamna vient  de se faire Ă©vincer par son autre colistier...


***

Ce jour-là, Fatiha Layadi a laissé tomber son dress code de députée. Casquette Ferrari vissée sur la tête et Converse au pied, elle arpente la campagne à un quart d’heure de piste de la route. Nous sommes dans un douar au sud des Rhamna. La terre craquelée annonce la couleur : l’eau est rare ici. Et imbuvable : « Même les vaches n’en veulent pas. »

Cela fait vingt ans que les sources se sont taries. Fatiha Layadi arrive accompagnée de trois Français de l’ONG « L’orme » qui finance en partie un puits creusé à 70 mètres. Dans quelques mois, l’eau jaillira à nouveau à Jaydate et 3 000 habitants pourront bénéficier d’un compteur et de l’eau courante.

On imagine qu’autour du puits et du château d’eau en construction, les militants humanitaires et la dĂ©putĂ©e de Rhamna sont accueillis avec chaleur. Un agent de la commune affirme mĂŞme qu’il n’y a « qu’un seul homme dans cette rĂ©gion,  c’est elle ». Avant d’ajouter qu’il voterait pour Fatiha aux prochaines Ă©lections.

Sauf qu’il n’en aura probablement pas l’occasion. Car l’héritière des Layadi, une grande famille de cette vieille terre de « essiba » devenue légitimiste, ne devrait plus représenter Rhamna aux prochaines législatives.

La visite du puits a eu lieu le 30 septembre. Le lendemain, lors d’un conclave tenu à Marrakech, elle était évincée des accréditations aussi bien locales que nationales. C’est le choc pour cette figure du PAM et du Parlement, ancienne journaliste, ex-dircom de Benabdellah du temps de sa splendeur au ministère de la Communication, fille de député, petite-fille du caïd de Rhamna et proche de Fouad Ali El Himma.

Un vrai caĂŻd !

Fatiha Layadi n’est pas n’importe qui et ne vient pas de n’importe où. Son grand-père, le caïd Layadi, avait osé défier le Glaoui sous le protectorat en refusant de faire allégeance au sultan Moulay Arafa, jouet du pacha de Marrakech.

Sacrée personnalité le grand-père. On raconte qu’un jour le Glaoui avait envoyé un émissaire pour lui transmettre ce message : « Dites au caïd Layadi de fermer la porte qu’il a percée dans la muraille de Marrakech. » Et le caïd de répondre au messager : « Dites au Glaoui que s’il est un homme, qu’il vienne la fermer lui-même. »

Fatiha Layadi a de qui tenir et pourtant elle n’a pas toujours été une femme de pouvoir. Le déclic a lieu en 2007 après le décès de son père. Lors du « talet », le repas du troisième jour des funérailles, elle a la surprise de recevoir des centaines de personnes venues rendre hommage à son père.

Chaque douar de Rhamna a délégué cinq habitants. « Je me suis dit alors qu’il fallait perpétuer ce lien. Mais je me demandais comment partager le quotidien de ces personnes comme ils étaient venus partager ma douleur. »

La réponse arrive quelque temps plus tard. Fouad Ali El Himma démissionne de l’Intérieur pour, dit-il, se consacrer à sa région. Fatiha Layadi l’appelle alors pour lui dire qu’elle est prête à l’aider : « Trois jours après, il m’a proposé d’être sur sa liste. Je n’ai hésité que cinq minutes. L’image de toutes ces personnes m’est revenue à l’esprit. »

Pas fou FAH, dans une région où les liens tribaux sont encore vivaces, il sait que l’héritière du notable de Rhamna est un atout de choix pour gagner les élections. On murmure qu’il lui doit son siège.

Modeste, Fatiha Layadi prĂ©fère simplement noter que « le fait que je sois placĂ©e en dernier a probablement permis Ă  notre liste de remporter les trois sièges ».  Sur Fouad Ali El Himma, madame la dĂ©putĂ©e ne tarit pas d’éloges : « Il a un sens de l’écoute qu’on aimerait pouvoir retrouver ailleurs dans les sphères de l’Etat. »

Elle est plus avare de compliments quand il s’agit d’évoquer l’oncle de FAH, Hamid Narjisse, l’homme fort de la zone, président du conseil régional, élu député de Rhamna en deuxième position en 2007, et coordinateur régional du PAM, l’instance qui vient de l’écarter des prochaines législatives...

On dit que ces deux-là ne se sont jamais entendus. Ce que dément Hamid Narjisse. « Je n’ai aucun problème avec elle », dit-il à actuel. Mais Fatiha Layadi affirme ne pas avoir été prévenue de la tenue de la réunion d’accréditation. Narjisse affirme qu’il lui a envoyé un SMS.

Quoi qu’il en soit, la coordination de Marrakech a désigné en tête de la liste nationale la présidente de l’arrondissement de Guéliz, Zakia Mrini, une proche de Narjisse. Fatiha Layadi et Fatima-Zahra Mansouri, la maire de Marrakech sont arrivées avant-dernière et dernière... « C’est un coup d’Etat régional pour forcer la main au parti », commente la députée de Rhamna.

Suivez son regard, le nouveau Glaoui de Marrakech est dans le viseur. Mais il s’en défend : « Pourquoi me mettez-vous ça sur le dos ? Moi je n’ai pas voté. Si j’ai le pouvoir d’influencer 60 personnes, il y a quelque chose qui ne va pas. » C’est à la commission nationale de trancher.

A l’heure où nous mettons sous presse, elle n’avait pas encore donné son verdict. Mais même en contestant le tonton de FAH, Fatiha Layadi semblait sereine. «  Fouad est une personne qui a des yeux pour voir, qui réfléchit et qui tire ses conclusions. » On saura bientôt si le Parlement a perdu une députée réputée compétente... ou bien si le journalisme a retrouvé une bonne plume.

Eric Le Braz

Carte Blanche

RĂ©da

El Ourouba*

Le parti qui prendra la primature aura de lourds défis à relever. Il devra d'abord être capable d’absorber la colère de la rue et des jeunes, indignés contre une culture politique d’un autre âge, et contre une classe politique solidement attachée à ses fauteuils, au point de vouloir parfois la transmettre à sa descendance. Pour cela, trois conditions sont nécessaires.

Le pouvoir de fédérer les Marocains

Certains partis, à la veille du referendum, ont pris des positions hostiles sur certaines questions qui partagent les Marocains. Ces partis ont pris des positions franches et tranchées, ce qui les a mis définitivement dans un camp ou dans l’autre.

Certains se sont retrouvés donc contre les Amazighs [Istiqlal et PJD], d’autres contre les dé-jeûneurs [PJD], et d’autres encore contre tous les Marocains [Extrême gauche]. Ainsi sont-ils devenus incapables de remplir la condition de fédérer.

Une expérience étatique

Gérer le gouvernement sera difficile dans le contexte actuel, où la nouvelle Constitution s’ajoute au grondement de la rue et à un contexte régional et international extrêmement tendu et difficile à maîtriser.

Dans ces conditions, le chef du gouvernement doit donc avoir dans son CV une bonne expérience gouvernementale et un lourd passé de succès et de maîtrise des dossiers. Cette condition n’est pas remplie pour bon nombre de partis politiques marocains.

Le PJD dispose certes d’une popularité, mais il ne dispose d’aucune expérience gouvernementale ni d’une armée de hauts fonctionnaires, capables de l’aider dans ses programmes, ce qui risque de le mettre dans une situation de blocage permanent.

Une nouvelle classe politique

Ne pas remplir cette condition, c’est ne pas respecter les orientations voulues par Sa Majesté et par le peuple. C’est aussi prendre le risque de voir, le lendemain de l’investiture, une rue encore plus chargée de « manifestants » et des discours encore plus extrêmes que ceux d’aujourd’hui. C’est aussi prendre en otage les jeunes et l’énergie du pays, mais c’est surtout manquer de respect à tout un peuple aspirant au changement.

 

*Blogueur, membre de l’ADI  (Alliance des indĂ©pendants, think tank proche du RNI)

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