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MĂ©garama  Grandeur et dĂ©cadence
actuel n°125, vendredi 20 janvier 2012
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Le Mégarama de Casablanca, premier multiplexe au Maroc, est arrivé en déroulant son tapis rouge et ses têtes d’affiche. Cette année, le mastodonte fête ses dix ans, ses 10 millions de spectateurs et pourtant…

 

En 2002, on allait au Mégarama comme à une fête, en manteau de fourrure et habit de lumière. Aujourd’hui, jeans et baskets y ont élu domicile. Le chiffre d’affaires du multiplexe reflète cette fréquentation éclectique.

 Fort de ses 930 000 spectateurs en 2011, le gĂ©ant du cinĂ©ma a clĂ´turĂ© l’annĂ©e avec quelque 40 millions de dirhams de recettes. A la direction du MĂ©garama, l’optimisme est de mise et l’activitĂ© devrait Ă©voluer encore de 15% cette annĂ©e ! Le multiplexe de Casablanca – contrairement Ă  celui de Marrakech – bĂ©nĂ©ficie d’une situation exceptionnelle, Ă  l’entrĂ©e de la corniche.

 Accessibles et abordables pour les cinĂ©philes casablancais, les films d’action et les comĂ©dies les plus cĂ©lèbres y sont projetĂ©s. Voici la belle histoire d’une dĂ©cennie du gĂ©ant du cinĂ©ma au Maroc. Mais en dix ans, le MĂ©garama a aussi changĂ© de visage, a parfois déçu et surtout vieilli. Aujourd’hui, le multiplexe peine Ă  se renouveler et Ă  offrir des prestations de qualitĂ© Ă  ses visiteurs. La vieille dame semble avoir des soucis de santĂ© et aurait besoin d’un bon lifting !

 

Odeurs nauséabondes

Avant d’être le lieu de rencontre et d’ouverture sur le monde, le cinéma, c’est d’abord une belle image et un bon son. Mais de ce point de vue, le Mégarama semble avoir du mal à respecter son cahier des charges.

 L’entretien des salles n’est plus au rendez-vous ces derniers temps. Cela va de l’hygiène gĂ©nĂ©rale Ă  l’état des sièges sales ou dĂ©chirĂ©s, en passant par les odeurs incommodantes et parfois nausĂ©abondes de la moquette (qui n’a pas Ă©tĂ© changĂ©e depuis l’ouverture !) et Ă  un son inintelligible dans certaines salles…

 MĂŞme si le directeur reconnaĂ®t les dĂ©faillances de ses services d’hygiène, il promet nĂ©anmoins d’y remĂ©dier et de faire appel Ă  une sociĂ©tĂ© spĂ©cialisĂ©e. «Nous rĂ©injectons 20% Ă  25% du chiffre d’affaires dans l’entretien des salles, le matĂ©riel et les compĂ©tences aussi », justifie David Frauciel.

 Dans son bureau, un nouveau modèle de fauteuil au tissu Ă©carlate assez Ă©pais, ou encore des prototypes d’accoudoirs Ă  l’ossature renforcĂ©e, sont en train de prendre forme…  Le lifting est en route, la rĂ©flexion Ă  peine entamĂ©e. « Cela se fera au fur et Ă  mesure, tout au long de l’annĂ©e 2012 », indique sans prĂ©cision le directeur. Mais ce n’est pas la seule nouveautĂ© que promet l’exploitant.

 Si le MĂ©garama est devenu un lieu de rencontre, toutes couches sociales confondues, cela va bientĂ´t changer. Le gĂ©ant du cinĂ©ma va se repositionner et ne sera plus aussi accessible. Les prix vont augmenter de façon assez significative. Pourquoi s’en priver ?

 Au Maroc, les prix des billets de cinĂ©ma sont libres et les exploitants ont le droit d’établir la marge bĂ©nĂ©ficiaire qu’ils souhaitent. Seule obligation : informer le CCM. « Nous n’avons pas augmentĂ© nos prix depuis deux ans et les films coĂ»tent de plus en plus cher », justifie le premier responsable de l’enseigne au Maroc.

 En effet, le prix de l’entrĂ©e est passĂ© de 30 DH en 2002 Ă  50 DH en 2011. Quant au coĂ»t d’un film, « il est en moyenne de 10 000 euros et peut atteindre jusqu’à 30 000 euros », prĂ©cise l’exploitant.

 

Trop démocratisé

Hormis l’absence d’une instance de régulation du secteur, qui est d’ailleurs à déplorer, ces augmentations de tarifs n’ont pas pour but de générer plus d’argent mais de « recentrer la population et de revendre le côté élitiste du Mégarama », poursuit-il.

 Le mot est lâchĂ©, le MĂ©garama s’est trop dĂ©mocratisĂ© semble-t-il ! Qu’à cela ne tienne. Une augmentation ne coĂ»te rien et la direction semble avoir dĂ©jĂ  trouvĂ© un compromis. « Casablanca est une ville très Ă©tendue. Nous allons construire un nouveau complexe, d’ici 2015, plus Ă©conomique, accessible Ă  des bourses plus modestes, avec moins de services… Nous passerons les mĂŞmes films, mais Ă  moindre coĂ»t. »

 Autre grande nouveautĂ© cette annĂ©e et nettement moins affligeante que la prĂ©cĂ©dente, la gĂ©nĂ©ralisation du numĂ©rique dans toutes les salles. Le MĂ©garama veut afficher sa diffĂ©rence en s’équipant, d’ici juin 2012, de cette nouvelle technologie. CoĂ»t de l’opĂ©ration : un million de dirhams par salle.

 Entre Marrakech et Casablanca, 23 salles vont ĂŞtre Ă©quipĂ©es. Le multiplexe, qui voit grand, a aussi un appĂ©tit de gĂ©ant. De nouveaux MĂ©garama seront construits Ă  Tanger, Rabat, Agadir, et Fès – après la rĂ©cente acquisition de la salle l’Empire de Fès –… Toutefois, si l’enseigne s’agrandit sans rĂ©gler quelques petits bobos, elle risque de payer cher ses nĂ©gligences.

 Pour le personnel du MĂ©garama, c’est un vĂ©ritable drame social qui se joue tous les soirs dans l’obscuritĂ© des salles. Le 15 dĂ©cembre dernier, le personnel du multiplexe – ouvreuses et agents d’accueil – excĂ©dĂ©s par le comportement irrespectueux de leur hiĂ©rarchie, s’arrĂŞtent de travailler une heure et demie, brassards rouges au bras, pour attirer l’attention de la direction sur leurs conditions de travail.

 Â«â€‰Le plus gros de nos revendications concerne le fonctionnement interne du MĂ©garama : nous faisons notre travail et nous mĂ©ritons le respect de nos supĂ©rieurs », s’indigne un employĂ©. Mais le respect n’est pas la seule requĂŞte du personnel, les salaires sont aussi au centre des revendications : entre ceux dont la rĂ©munĂ©ration n’a pas bougĂ© depuis plusieurs annĂ©es, et ceux qui ne comprennent pas oĂą vont leurs primes, le cahier des revendications est plein Ă  ras bord.

 Une ouvreuse, qui a souhaitĂ© garder l’anonymat, se confie : « Nous avons des contrats avec un salaire fixe (Ndlr : souvent le SMIG ou un peu plus) et la direction paie nos cotisations Ă  la CNSS, mais en rĂ©alitĂ©, nous sommes payĂ©es au pourboire.

 Bien sĂ»r, nous recevons nos salaires Ă  la fin de chaque mois, mĂŞme si l’argent collectĂ© grâce aux pourboires ne suffit pas Ă  rĂ©munĂ©rer toutes les ouvreuses. On nous explique alors que la direction nous prĂŞte de quoi complĂ©ter nos salaires et que ces montants seront rĂ©cupĂ©rĂ©s les mois suivants. » Les ouvreuses se perdent dans les calculs et les pourcentages, et elles ne sont pas les seules.

 En essayant d’expliquer ce système de rĂ©munĂ©ration, David Frauciel s’emmĂŞle clairement les pinceaux. Pour lui, mĂŞme si le pourboire n’est pas mentionnĂ© dans les contrats de travail du personnel, il est « tout bĂ©nĂ©fice » pour les ouvreuses.

 Â«â€‰La moyenne de l’annĂ©e est très souvent positive, ce complĂ©ment de salaire peut donc ĂŞtre considĂ©rĂ© comme une prime, tente-il de justifier. Et d’ailleurs, aux caisses, il est affichĂ© noir sur blanc que les ouvreuses sont rĂ©munĂ©rĂ©es aux pourboires. » VoilĂ  ce qui pourrait expliquer l’attitude parfois insistante des ouvreuses pour obtenir leur pourboire !

 

Traiter les doléances

Les protestations du 15 décembre mèneront finalement employés et direction devant l’inspection du travail. Les négociations sont en cours et la direction s’engage à satisfaire le plus gros des revendications du personnel.

 Hormis les salaires, les autres dolĂ©ances ne semblent pas très difficiles Ă  satisfaire puisqu’il s’agit d’équiper les comptoirs de chaises pour que les employĂ©s puissent se reposer, de rĂ©parer les douches, ou encore de rĂ©nover les vestiaires. « Tout cela est prĂ©vu dans notre plan d’investissement, nous nous sommes engagĂ©s Ă  traiter ces dolĂ©ances dans les mois Ă  venir », poursuit Frauciel.

 A l’heure oĂą nous mettions sous presse, dix-sept salariĂ©s lĂ©sĂ©s par le passĂ© ont vu leurs salaires s’aligner sur ceux de leurs collègues. « Comme quoi, le manque de communication peut crĂ©er des incomprĂ©hensions inutiles », dĂ©clare cet employĂ© du MĂ©garama, plutĂ´t content des avancĂ©es. Tout est bien qui finit bien ? A suivre…

Amira Khalfallah et Layal Ghanem

Top

Agadir Bombay Le film marocain de Myriam Bakir est en salle depuis trois semaines et, à la surprise générale, il semble générer de grosses entrées sans s’essouffler !

  

Flop

Pirate des CaraĂŻbes 1, un des films qui a coĂ»tĂ© le plus cher (25 000 euros), a Ă©tĂ© l’un des plus gros flops du MĂ©garama ! Ces dernières semaines, c’est le film libanais  Et maintenant on va où ? qui connaĂ®t le mĂŞme sort.

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