EditoNouvelle GénérationDossierEconomiePolitiqueSociétéTendances & CulturePortraitBdVDiaporamaArchives
 
Follow actuel_maroc on Twitter
Follow actuel_maroc on Twitter
Le film noir d’Anouar 
actuel n°138, vendredi 20 avril 2012
| More

A l’aube, un 19 février est le premier long-métrage de Anouar Moatassim, réalisateur belgo-marocain rentré au pays depuis quelques années pour y pratiquer son art. Actuellement en étalonnage, ce plaidoyer contre le jugement sera bientôt présenté à la presse avant de faire le tour des festivals.

 

Seul au milieu d’une salle de bain, avec le cerveau qui tourne à cent à l’heure, il tergiverse un bon moment avant de se décider à prendre une douche et à avaler une pilule d’ecstasy. Motivé, le jeune éphèbe finit par rejoindre un homme dans son lit. La caméra s’arrête là, dans cette chambre d’hôtel. Et on comprend alors l’hésitation du jeune homme avant de vaquer à sa prestation tarifée avec un client visiblement de nationalité européenne. Quelque part dans la même ville, une grande brune consume avec ferveur ses illusions perdues à coups de taffes, avant que la réalité ne reprenne ses droits . Une voiture s’arrête. Le chauffeur lui propose de l’embarquer jusqu’au matin avec lui. Elle lui assène : « Je ne passe pas la nuit. Mon truc, ce sont les passes. » Vexé, le client lui rappelle qu’avec son visage balafré, elle ferait mieux de se résigner à prendre ce qui se présente au lieu de passer la soirée seule, sur le trottoir. Leur langage est cash, sans fard, rarissime dans un film marocain. « Je reste dans la suggestion. Mon but n’est pas de faire de la provoc’. Je suis moi-même issu d’une famille où la hchouma est plus une valeur qu’une hypocrisie sociale », se justifie Anouar Moatassim, jeune réalisateur belgo-marocain qui a roulé sa bosse dans les documentaires et les courts-métrages, dont Le mur  et Le rappeur Soprano, pour ne citer que ces deux-là, avant de se décider à plancher sur un long-métrage.

 

Du rap au cinéma

Gamin déjà, Anouar écrivait des textes de rap, non par pure fascination pour ce type d’art mais parce que c’était la seule façon de s’exprimer sans l’apprentissage d’un instrument de musique, luxe que ne pouvait se permettre l’artiste en herbe élevé au sein d’une famille nombreuse. Puis, c’est la photo qui lui a donné le moyen de capter et de dénoncer. « Le cinéma, c’est l’aboutissement de tout cela puisqu’il réunit tous ces intermédiaires », développe Anouar. A l’aube, un 19 février est une vaste salle d’attente qui a élu domicile dans une plaine, en lisière de forêt, où dix-neuf personnages, que rien ne lie a priori, se rassemblent pour faire le point. Chaque flash-back est une occasion de discuter de la nouvelle Constitution, du TGV entre autres, et surtout d’éclairer le passé peu glorieux des personnages : viol, pédophilie, brutalité, inceste… « Des vicissitudes sociétales graves mais qui ne sont pas l’apanage de notre société. En revanche, l’exclusion qui en est la conséquence directe est universelle », résume Anouar. Et pourquoi le choix d’une telle thématique pour un premier long-métrage ? « Étant né et ayant grandi en Belgique, j’ai souffert de ce que le dictionnaire français appelle “le délit de faciès”,confie d’emblée Anouar Moatassim. De surcroît, depuis tout jeune, j’ai été interpellé par toutes sortes d’injustices. En Belgique, j’ai fait de l’associatif et ai organisé bon nombre de manifestations dénonçant la pédophilie, l’assassinat des parents d’une amie d’origine marocaine par un criminel raciste… Mais je refuse de me complaire dans la victimisation. Mon film tourne autour du jugement. Tous mes protagonistes sont des personnages principaux qui se jugent les uns les autres par veulerie, par peur de se regarder eux-mêmes. Ils évitent le miroir. »

 

Les yeux du film

Parmi les dix-neuf personnes qui attendent dans le noir, quatre bénéficient d’une mise en scène plus importante car davantage zoomée. Et pour cause, Hamada et Anouar, campés respectivement par Jade Chkif, nouvelle coqueluche du cinéma marocain, et Youssef La Gazouille qui a déjà fait une apparition dans Marock de Leila Marrakchi, sont les yeux du caméraman. Deux petits salopards issus des bidonvilles passent leur temps à fabuler sur Zouhir, campé par Mourad Zaoui, Omar joué par Hafid Stitou, Loubna la prostituée, et Marie, la Sénégalaise mère d’un enfant trisomique. Ils se posent toutes sortes de questionnements sur les situations que peuvent vivre ces marginaux aux parcours atypiques, et sur leurs vies. « Ces deux personnages sont un peu les observateurs, les bergagas du film. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’ils portent mon prénom et celui du coscénariste », fait remarquer le réalisateur. Et d’ajouter : « Ces personnages sont d’autant plus importants que j’ai fait exprès de ne pas laisser le spectateur juger car il se sentirait coupable. »

Les ellipses fort bien étudiées font office de voile transparent sur des situations violentes filmées avec beaucoup de poésie.

 

Hommage aux anciens

A travers A l’aube, un 19 février , Anouar Moatassim signe une trame d’une trempe très singulière, faisant ainsi honneur à ses références cinématographiques, au cinéma noir dans le choix des sujets, à Stanley Kubrick dans sa dextérité pour filmer l’horreur dans un lieu immense, à Kafka dans sa façon de zoomer sur un personnage dans un espace sociétal énorme.

Ce film est un hymne à ses premières amours, les documentaires et les docu-fictions. « J’aime énormément Saïd Taghmaoui car c’est le seul visage auquel je pouvais m’identifier sur grand écran lorsque j’avais 16 ans. J’aime aussi tous nos réalisateurs marocains, quel que soit leur genre car ils nous ont balisé le terrain. S’ils n’avaient pas été là avant nous, nous en serions encore à faire ce qu’ils ont réalisé il y a des années. Rien que pour cela, je leur rends hommage », conclut l’artiste qui, pour ne pas être tributaire des desiderata des maisons de production, en a créé une, en s’associant avec Yanis Ayouch. Baptisée Casablanca Pictures, l’entreprise servira également à produire le court-métrage en préparation du petit frère de Nabil et Hicham Ayouch.

 

Asmaâ Chaïdi Bahraoui

| More
Archives Tendances & Culture
N°173 : Tinghir-JĂ©rusalem fait tourner Kamal Hachkar 
N°172 : Entretien avec Monica Bellucci 
N°171 : Les Ă©toiles filantes du FIFM 
N°170 : Projetons-nous au Cube 
actuel N°169 : Les filles de Lalla Mennana : Un théâtre fĂ©ministe 
N°168 : Interview : mounir fatmi  
N°167 : Caravanserail : Le Maroc Ă  la conquĂŞte de l’Ouest  
N°166 : NumĂ©risation : Nouvelle menace sur les salles de cinĂ©ma  
N°164/165 : Art : Les expositions de la rentrĂ©e  
N°163 : Beuys Ici, l’exposition de l’automne 
N°162 : Prix de la Mamounia : Le sacre de l’instit'  
N°161 : Le Louvre 12 siècles des arts de l’Islam vous contemplent 
N°160 : 3adnane 7aqoun, un crĂ©ateur presque artiste 
N°159 : CinĂ©ma Les frères Noury font leur comĂ©die  
N°158 : Entretien avec Hicham Bahou 
N°157 : Espèces d’espace 
N°154 : Regarder La Brigade avec Adil Fadili  
N°153 : Bouanani rĂ©Ă©ditĂ© en France et au Maroc 
N°152 : RĂ©cit : On n’a pas fini de rĂ©Ă©crire l’histoire 
N°151 : Interview Mehdi Qotbi : « Un grand musĂ©e Ă  Casa d'ici 4 ans 
N°150 : Concerts : Des nuits d’ivresse spirituelle  
N°149 : Timitar : Le festival amazigh qui ne dit pas son nom  
N°148 : Gnaoua : Un festival de musique et d’histoire  
N°147 : Tatouages : Le langage des signes  
N°146 : Festival MDR 2012 : On se marre Ă  Kech 
N°145 : Exposition : Dans l’intimitĂ© du musĂ©e Slaoui  
N°144 : Mawazine Clap de fin 
N°143 : En avant Mawazine 
N°142 : Exposition : Villes paysages
N°141 : Interview :  Scorpions
N°140 : Les festivals Ă  l’ère du PJD 
N°139 : Le Grand théâtre de Casablanca : Vivement 2016 !
N°138 : Le film noir d’Anouar 
N°137 : Subjectivisme:  Croutes en stock
N°136 : ItinĂ©raire d’un Cheb singulier 
N°135 : Interview :  SaĂŻd Naciri
N°134 : Cirque   Les saltimbanques ensoleillĂ©s
N°133 : Yamou  Des Ĺ“uvres puissantes, tout en dĂ©licatesse
N°132 : CinĂ©ma cherche monteur dĂ©sespĂ©rĂ©ment 
N°131 : Le vent du nord souffle sur la peinture
N°130 : Carson Chan Â«â€‰Mettre en avant la diversitĂ© des expressions »
N°129 : Casa by night   avec Beigbeder
N°128 : Siel :   enfin la rĂ©conciliation !
N°127 : Oum  La chanteuse qui transcende les genres
N°126 : Les violons dingues,   de Younes Khourassani
N°125 : MĂ©garama   Grandeur et dĂ©cadence
N°124 : Le site archĂ©ologique de Mzora,  cherche protecteurs
N°123 : Le malhoun,  ce chant ancien si moderne
N° 122 : Biyouna,   nĂ©e star
N°121 : Le FIFM poursuit sa quĂŞte identitaire 
N° 120 : FIFM,   entre Ă©vĂ©nementiel et cinĂ©ma
N°119 : FIFM :   des premiers films Ă  l’honneur
N°118 : Hamidi, artiste bohème 
N°117 : Leftah :   ils sont tous contre la censure
N°116 : Droits d’auteur :   le rendez-vous manquĂ© du BMDA
N°115 : La source des femmes :   source de…
N°114 : RĂ©compense  La saga des prix littĂ©raires
N°113 : Exposition  Deuxième regard  ou l’expĂ©rience du troisième Ĺ“il
N°112 : CinĂ©ma  La dernière sĂ©ance
N°111 : La scène artistique arabe  ou l’esthĂ©tique de la violence
N°110 : HD Un paquebot pour l’art Ă  Anfa
N° 109 : La politique de la chaise… rouge 
N°108 : Farid Mayara, le jazz sans limites  
N°107 : Hommage Le destin de la perle noire  
N° 106 : Jawhara : wakha  
N° 104/105 : Interview Amazigh Kateb  
N° 104/105 : Lumineuse Dar BeĂŻda 
N°103 : Droits d’auteur Quand la musique est bonne 
actuel 102 : Tout l’art de Timitar 
actuel 101 : Festival Essaouira Back to basics  
N°100 : Championnat du Maroc Junior 2011 by CrĂ©dit Agricole Superbe  
N°99 : Exposition Une grappe de talents  
N° 98 : Tiken Jah Fakoly  Porte-parole du continent noir
N° 97 : Amazing Mawazine 
N° 96 : Festival MDR 2011 : il n’y aura pas que Jamel 
N° 95 : Festimode : Un Ă©vĂ©nement et des talents  
Actuel n°94 : GĂ©nĂ©ration Mawazine : La relève est lĂ  
Actuel n°94 : Mawazine : Nos coups de cĹ“ur  
N°93 : Mawazine, la parole aux artistes 
Actuel n°92 : Ficam : Une ambiance 3D  
Actuel n°91 : L’homme qui aimait une femme 
Actuel n°90 : Mawazine, au(x) ryth me(s) du monde 
Actuel n°89 : Du rire aux larmes 
Actuel n°88 : Nass El Ghiwane : Un groupe, un mythe 
Actuel n°87 : Il Ă©tait une fois Ă  M’Hamid El Ghizlane 
Actuel n°86 : Les coups de cĹ“ur des chasseurs de toiles… 
Actuel n°85 : L’Atelier 21 se paye DubaĂŻ ! 
Actuel n°84 : Casa Riders  Justiciers sur deux-roues !
Actuel n°83 : Ouverture culture Manifestes d’une gĂ©nĂ©ration perdue
Actuel n°82 : Le 17e SIEL  chasse Himmich
Actuel n°81 : Le livre au Maroc Misères et Ă©mergence 
Actuel N°72 :  Pluie de stars sur Marrakech 
Actuel n°69-70 : Tahar Ben Jelloun  « Je suis affreusement professionnel »
Actuel n°68 : Festival d’art culinaire : brie de Fès et tournedos beldi 
Actuel n°67 : Medi 1 TV se dĂ©-chaĂ®ne 
Actuel n°66 : Carla Bruni, Â« glamour mais aseptisĂ©e et muette »
Actuel n°65 : ThĂ©ories du complot : au bonheur des paranos 
Actuel n°64 : Et hop, v’lĂ  l’pop art 
Actuel n°63 : Mounir Fatmi : Â« J’ai un cĂ´tĂ© très pasolinien »
Actuel n°62 : Yamou : Peintre par nature 
Actuel n°61 : Â« Le Maroc s’interdit de penser sans peur Hassan II »  
Actuel n°60 : Des Marocains Ă  New York 
N°59 : J’aurais voulu ĂŞtre...  Ă©crivain !
N°58 : Immigration illĂ©gitime 
N°57 : 24h avec Lee Fields 
N°56 : Hindi Zahra, la Billie Holiday marocaine 
N°55 : Art marocain : de la cote au coĂ»t 
N°54 : Le jour oĂą Benohoud a repris ses pinceaux 
N°53 : France-Espagne Le match culture
N°52 : L’argent fait son cinĂ©ma 
N°51 : Jamel Academy : MDR ! 
N°50 : Carlos Santana "Le succès implique l'hĂ´nnetetĂ©"
N°49 : Elton John bĂ©nit le Maroc 
N°48 : Julio Iglesias Â«â€‰Je ne suis pas un latin lover »
N°47 : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux de...  Jamel Debbouze
N°46 : Moonstock Ă  Lalla Takerkoust 
N°45 : Ben Cheffaj  en impose
N°44 : Jazzablanca,  American Beauty
N°43 : Photo :  la vie quotidienne loin des clichĂ©s
N°42 : Himmich :  le ministre qui se prenait pour un Ă©crivain
N°41 : Yasmina Khadra : Ă  charge et Ă  dĂ©charge
N°40 : Tremplin: 3 Jours, 3 Scènes, 3 Styles
N°39 : Majida Khattari: Niqab ni soumise 
N°38 : L’Orient Music Express un train d'enfer
N°37 : Abdel Alaoui Le chef qui rĂ©veille la cuisine
N°36 : Hicham Oumlil Un Marocain stylĂ© Ă  New York
N°35 : Le SIEL  des Marocains d’ailleurs
N°34 : Merzak Allouache Â« Un film sur le dĂ©sespoir des jeunes »
N°33 : Mahi Bine Bine un Parisien de cĹ“ur
N°32 : Tanger Le cinĂ©ma marocain en fĂŞte
N°31 : Meriem Bouderbala Des femmes et des spectres…
 
 
actuel 2010 Réalisation - xclic
A propos Nous contacter