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L’argent fait son cinĂ©ma 
actuel n°52, samedi 19 juin 2010
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Timlif débarque dans la production cinématographique avec un investissement de 150 millions de dirhams. Et un plan quinquennal. Véritable stratégie ou écran de fumée ?


***

Le secteur du cinéma structuré semble éveiller bien des convoitises. C’est Ali n’ Productions qui, la première, s’est lancée sur ce cré¬neau. Ses objectifs ? « La création d’une industrie cinématographique génératrice d’emplois pour les acteurs et les techniciens marocains, la contribution à structurer le marché de la distribution et de l’exploitation de films au Maroc. » Il faut entendre par là que Ali n’ Productions a créé – et cela est à son actif –, à travers tout un dispositif de réalisations, aussi bien cinématographiques que télévisuelles, et un réseau d’associations un vivier de jeunes talents qu’elle a fait travailler, avancer. Mais qu’elle a aussi… exploité. C’est de bonne guerre vous dira-t-on ! On lui doit ainsi de nouveaux noms dans le cinéma comme Hicham Lasri, Yacine Fennane, Younes Reggab ou Ali Mejdoub qui sont aujourd’hui de jeunes réalisateurs reconnus, mais que l’expérience d’Ali n’ Prod aura préparé, au mieux, à négocier, au pire, à se méfier. Un vivier dont Timlif Productions – nouvelle arrivée sur le marché qui lorgne les projets de ces jeunes réalisateurs d’un oeil gourmand – bénéficiera certainement.

Certains réalisateurs reconnaissent avoir été contactés par Timlif, mais préfèrent ne pas faire de commentaires. Timlif Productions qui est une filiale du holding de gestion, RMK, ambitionne quant à elle de « globaliser et maîtriser toute la chaîne de production des oeuvres cinématographiques et télévisuelles, allant de l’écriture jusqu’à la distribution, en passant par les phases de développement, de montage financier, de production et de postproduction ». Son projet pilote sera le film Zero de Noureddine Lakhmari. Pour rappel, le CCM a accordé en novembre 2009 une avance sur recette de 4 500 000 dirhams à ce film. Le tournage devrait démarrer en octobre. La prise de risque de Timlif est donc minime d’autant plus que Noureddine Lakhmari vient de remporter le succès que l’on sait avec Casanegra.

Timlif Productions a mis en place un plan quinquennal (2010 -2015) qui s’articule autour de différentes actions. Il s’agit tout d’abord de la production de 5 à 7 longs-métrages et la production de 5 séries et téléfilms. En cinq ans, ce n’est finalement pas très ambitieux pour une entreprise au capital de 10 millions de dirhams et qui déclare en avoir 150 millions à investir. Deux cinéastes à eux seuls peuvent réaliser cet objectif en 5 ans. Le plan d’actions prévoit aussi la mise en place du « premier centre de traitement de l’image et du son de la région », équipé des dernières technologies. Là aussi, il faut entendre un centre comme il en existe déjà au Maroc chez Sigma, Ali n’ Prod ou Vidéorama, sans réelle nouveauté si ce n’est le dolby, mais pas de kinéscopage ni de développement de l’argentique qui restent la chasse gardée du CCM. Ce plan quinquennal prévoit également l’acquisition et l’exploitation d’un réseau de salles de cinéma à travers le Maroc, ainsi que la mise en place d’une stratégie de production et de distribution « légale » de CD et de DVD d’oeuvres nationales et internationales. Là encore un parfum d’Ali n’ Productions plane, avec la création depuis 2006 de sa filiale Zaza Films Distributions, dédiée à la distribution de DVD à travers le Maroc et à la lutte contre le piratage avec le BSA... malheureusement uniquement pour les productions nationales.

Nul n’ignore que les salles de cinéma ferment les unes après les autres. C’est un secteur sinistré. TIMLIF projette pourtant d’acheter des salles de cinéma et de créer un label. Ali n’ Prod compte lancer « des films pour tous » en milieu rural et dans des quartiers défavorisés. Il est clair qu’il y a là un vrai pactole à ramasser.

Un projet bien ficelé ayant bénéficié d’une avance sur recettes par le CCM, ou d’un budget série pour la télévision, a toutes les chances d’aboutir. Pour Timlif, rien d’anormal dès lors que l’on assure la rationalisation du processus, de la production à la distribution, en passant par les préachats étrangers. Les jeunes réalisateurs en quête de reconnaissance ne peuvent qu’être séduits. Dès lors, se greffer sur des projets déjà au tiers financés, déclarer investir 150 millions de dirhams, créer une entreprise au capital de 10 millions de dirhams, esbroufe ou passion ? N’oublions pas qu’Ali n’ Productions était arrivée à signer un contrat exclusif de trente films avec la SNRT sans appel d’offres. Tout est donc possible dans un secteur encore jeune et ouvert, y compris rêver d’être un jour côté en Bourse comme Timlif !

La situation actuelle

Peut-on vraiment penser à instaurer une « industrie » du cinéma alors que la production cinématographique au Maroc – estimée à une quinzaine de films par an – reste embryonnaire ? Onze films ont bénéficié du Fonds d’aide du Centre cinématographique marocain (CCM) en 2009 sur les deux sessions de janvier et de mai, dont trois courts-métrages. Et huit films ont bénéficié d’avances sur recettes à la troisième session, en septembre. Les avances sur recettes, nouvelle procédure du CCM, signifient qu’il faut rembourser au premier dirham gagné le centre cinématographique, et partager au prorata les recettes. L’article 17 du cahier des charges est clair : « Tout producteur d’un film ayant bénéficié de l’avance sur recettes est tenu de verser, au compte du Fonds d’aide, la part revenant à ce fonds sur chaque recette réalisée lors de la commercialisation dudit film. Faute de quoi, il ne pourra présenter un nouveau projet qu’après paiement des tranches de recettes encaissées pour le compte du fonds d’aide et ce, sans préjudice des clauses du contrat le liant au CCM. » Plus l’aide du CCM est élevée et plus le réalisateur rembourse. À titre d’exemple, pour un budget de 15 millions de dirhams, le CCM peut verser une avance sur recette qui ne dépasse pas les deux tiers du montant arrêté par la commission. Les aides 2009 s’élevaient entre 3 et 4,8 millions de dirhams pour les longs-métrages, et à une moyenne de 200 000 dirhams pour les courts-métrages.

Effet de levier

À titre de comparaison, en 2009, la production cinématographique en France a été de 230 films, (ayant reçu l’agrément du CNC français), soit un investissement de plus d’un milliard d’euros sur l’année. Et est considéré comme film à devis moyen par le même CNC, un film qui présente un budget compris entre 5 et 7 millions d’euros. C’est dire si nos chiffres sont en dessous des moyennes européennes.

Le plus fascinant dans cette industrie naissante est la comparaison qualitative et financière qui peut être faite avec notre principal inspirateur que reste le cinéma français. En France, plus des deux tiers des sociétés de production cinématographiques - en termes de chiffre d’affaires - sont côtées au CAC 40, pour ne citer que Vivendi, Lagardère, Bouygues-TF1, et ont donc accès a des financements publics importants à même de soutenir des stratégies à long terme. Au Maroc en revanche, le domaine « Communication Médias Multimédias » est absent de la cote de la SBVC (société de la Bourse des valeurs de Casablanca). De là à imaginer un attrait des investisseurs pour le secteur du cinéma il n’y a qu’un pas, capitaliste, que certains s’empresseront de franchir. La démarche logique de la création cinématographique exige en effet trois éléments essentiels pour réussir un « bon » film : un scénario, une équipe performante et reconnue et un marketing en aval qui se charge de concrétiser la réussite de la commercialisation du produit ; or ces trois facteurs sont effectivement gourmands en ressources financières. Mais correctement articulés les uns aux autres, le résultat s’assimile souvent à un jackpot.

Bahaa Trabelsi

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