EditoNouvelle GénérationDossierEconomiePolitiqueSociétéTendances & CulturePortraitBdVDiaporamaArchives
 
Follow actuel_maroc on Twitter
Follow actuel_maroc on Twitter
Caravanserail : Le Maroc Ă  la conquĂŞte de l’Ouest  
actuel n°167, jeudi 8 novembre 2012
| More

Tandis que « Daba Maroc » sillonne la Belgique, d’autres artistes marocains embarquent sur les routes de quatre Etats américains avec « Caravanserail ». L’occasion cet automne de lever le voile, à travers les arts, sur les cultures marocaine et musulmane au cœur de l'Amérique.

 

Tout a commencé avec Doris Duke, la milliardaire philanthrope incarnée par Susan Sarandon dans le film Bernard et Doris. La riche héritière, décédée en 1993, a laissé une fortune colossale à ses associations. Elle appréciait notamment l’art islamique (dont elle a conservé une somptueuse collection dans sa maison de Hawaï)... et quand on aime, on ne compte pas ! Aujourd’hui, c’est la Fondation Doris Duke pour les Arts islamiques, présidée par le dévoué Edward Henry, qui perpétue ses vœux et participe à hauteur d’un million de dollars à cette initiative de Arts Midwest : le projet Caravanserail.

A travers les langages universels de la musique, du cinéma et de la photographie, Caravanserail crée un espace privilégié pour le dialogue entre Américains et musulmans. Après le Pakistan en 2011, le programme a choisi de mettre le Maroc à l’honneur de sa deuxième édition. A l’instar des caravansérails qui bordaient la route de la soie et accueillaient marchands et pèlerins, le projet se veut un « lieu où les cultures se rencontrent ». Et cette année, les haltes s’effectueront dans des communautés du Minnesota, du Nord Dakota, de l’Arkansas et du Tennessee.

Pour David Fraher, le directeur exécutif de Arts Midwest, favoriser un climat d’échange entre l’Est et l’Ouest était une urgence. Dans le sillage du 11-Septembre et d’une certaine incompréhension entre Américains et musulmans, « les événements récents nous montrent qu’il est impératif de multiplier les programmes comme Caravanserail », souligne-t-il.

 

Dimension symbolique

A l’heure où « s’installent le doute et la suspicion, quand renaissent les vieilles peurs que l’on croyait disparues et que réapparaissent les vertiges de la stigmatisation, une initiative comme Caravanserail prend sa véritable dimension symbolique et emblématique pour beaucoup d’entre nous », explique à actuel André Azoulay, conseiller du roi et président fondateur de l’association Essaouira-Mogador, partenaire du projet Caravanserail.

Aussi, afin d’établir un véritable lien, David Fraher a voulu que les artistes invités séjournent plusieurs jours dans chaque communauté. Assez longtemps pour établir un dialogue authentique à travers des concerts, des expositions, des projections de films mais surtout des ateliers à effectifs réduits. Fraher précise que le programme cherche avant tout à révéler les traditions de ces cultures et certainement pas à exposer leur aspect exotique ; et ce, devant des audiences de tout âge.

 

Des gnaoua dans le Tennessee

Le groupe gnaoui de Majid Bekkas et le multi-instrumentaliste maroco-américain Brahim Fribgane sont allés à la rencontre de ces communautés d’accueil. Fribgane, habitué des festivals et des concerts dans le monde entier, se réjouit de pouvoir cette fois « transmettre un message de paix ». Devant des élèves de 8 ans ou des professeurs d’université, il restaure l’image écornée des musulmans. « Nous sommes musulmans mais loin des images que vous voyez sur CNN ou dans la cinématographie d’Hollywood. Nous ne sommes pas des barbus effrayants qui veulent se faire exploser toutes les deux minutes (rires). Nous, on est comme vous. C’est ce genre de message que je cherche à faire passer », explique Brahim Fribgane. « Je leur raconte aussi que notre musique gnaouie est un ancêtre de leur blues. La musique et la danse créent toujours un échange de cœur à cœur. »

 

Communion

« Les gnaoua sont les acteurs et les témoins de ce dialogue des civilisations », nous rappelle André Azoulay. En effet, lors de cette série de rencontres, les concerts sont l’occasion de véritables communions. Le son des qraqeb se mêle alors au jaune vif des gandouras. En rythme, les têtes des gnaoua dessinent des cercles faisant virevolter les cordons des chachiyas. Au terme de leurs prestations, des écoliers noyés dans leurs larges sweat-shirts les rejoignent sur scène. La chachiya sur la tête, ils s’amusent à faire tourner les cordons, tout en mâchant du chewing-gum... en rythme.

 

Au-delĂ  de la musique, la photo et le film

Et cette année, au-delà de l’échange par la musique, un dialogue visuel a été initié entre les deux cultures. Sous l’impulsion de la directrice artistique du programme, Zeyba Rahman, une exposition de photographies explorera la diversité du Maroc et les transformations qu’il a subies durant sa longue histoire. L’exposition, proposée par la curatrice Nawal Slaoui de Cultures Interface, regroupe les photographes Zineb Andress Arraki, Laila Hida et Khalil Nemmaoui.

Egalement présent à Daba Maroc en Belgique avec trois films, le réalisateur et professeur à la prestigieuse School of the Art Institute of Chicago, Hakim Belabbes, présentera deux films à Caravanserail : Un nid dans la chaleur et Murmures. Dans ses films-essais autobiographiques, Belabbes interroge les thèmes de l’exil, du deuil et des relations familiales. Là encore des thèmes universels qui font réagir l’humain avant le citoyen. « On vit tous les mêmes quêtes, commente le réalisateur à actuel, si j’ai de la chance, les spectateurs s’identifieront aux aventures de cet homme à la recherche de ses racines ». L’artiste est modeste mais son approche originale et sincère a déjà gagné le respect du public américain.

 

Discours de l'altĂ©ritĂ©  et de la modernitĂ©

De son côté, il promet de raconter à sa mère, de retour à Bejaad, cette Amérique profonde qu’il aura rencontrée grâce à Caravanserail. Parce que les artistes, initialement ambassadeurs de leur culture, finissent par être eux-mêmes pénétrés par la culture de l’autre. « Les artistes ont leur propre notion des Etats-Unis, témoigne Zeyba Rahman. Ils découvrent désormais, à travers un accueil toujours très chaleureux, que les Américains sont comme eux ou leurs proches. Ils sont donc transformés à leur tour par ce processus. »

Aussi, ces rencontres culturelles sont-elles « le vecteur par excellence du discours de l’altérité et de la modernité. Un discours qui a besoin d’être mieux partagé et mieux connu », conclut André Azoulay. Et quand on lui demande si les batailles les plus importantes se jouent désormais ici, dans les salles de classe du Minnesota, il répond sans hésiter : « Tout à fait, c’est aussi important que le travail d’une commission à l’ONU... Et parfois plus efficace ! »

Salima Yacoubi Soussane

| More
Archives Tendances & Culture
N°173 : Tinghir-JĂ©rusalem fait tourner Kamal Hachkar 
N°172 : Entretien avec Monica Bellucci 
N°171 : Les Ă©toiles filantes du FIFM 
N°170 : Projetons-nous au Cube 
actuel N°169 : Les filles de Lalla Mennana : Un théâtre fĂ©ministe 
N°168 : Interview : mounir fatmi  
N°167 : Caravanserail : Le Maroc Ă  la conquĂŞte de l’Ouest  
N°166 : NumĂ©risation : Nouvelle menace sur les salles de cinĂ©ma  
N°164/165 : Art : Les expositions de la rentrĂ©e  
N°163 : Beuys Ici, l’exposition de l’automne 
N°162 : Prix de la Mamounia : Le sacre de l’instit'  
N°161 : Le Louvre 12 siècles des arts de l’Islam vous contemplent 
N°160 : 3adnane 7aqoun, un crĂ©ateur presque artiste 
N°159 : CinĂ©ma Les frères Noury font leur comĂ©die  
N°158 : Entretien avec Hicham Bahou 
N°157 : Espèces d’espace 
N°154 : Regarder La Brigade avec Adil Fadili  
N°153 : Bouanani rĂ©Ă©ditĂ© en France et au Maroc 
N°152 : RĂ©cit : On n’a pas fini de rĂ©Ă©crire l’histoire 
N°151 : Interview Mehdi Qotbi : « Un grand musĂ©e Ă  Casa d'ici 4 ans 
N°150 : Concerts : Des nuits d’ivresse spirituelle  
N°149 : Timitar : Le festival amazigh qui ne dit pas son nom  
N°148 : Gnaoua : Un festival de musique et d’histoire  
N°147 : Tatouages : Le langage des signes  
N°146 : Festival MDR 2012 : On se marre Ă  Kech 
N°145 : Exposition : Dans l’intimitĂ© du musĂ©e Slaoui  
N°144 : Mawazine Clap de fin 
N°143 : En avant Mawazine 
N°142 : Exposition : Villes paysages
N°141 : Interview :  Scorpions
N°140 : Les festivals Ă  l’ère du PJD 
N°139 : Le Grand théâtre de Casablanca : Vivement 2016 !
N°138 : Le film noir d’Anouar 
N°137 : Subjectivisme:  Croutes en stock
N°136 : ItinĂ©raire d’un Cheb singulier 
N°135 : Interview :  SaĂŻd Naciri
N°134 : Cirque   Les saltimbanques ensoleillĂ©s
N°133 : Yamou  Des Ĺ“uvres puissantes, tout en dĂ©licatesse
N°132 : CinĂ©ma cherche monteur dĂ©sespĂ©rĂ©ment 
N°131 : Le vent du nord souffle sur la peinture
N°130 : Carson Chan Â«â€‰Mettre en avant la diversitĂ© des expressions »
N°129 : Casa by night   avec Beigbeder
N°128 : Siel :   enfin la rĂ©conciliation !
N°127 : Oum  La chanteuse qui transcende les genres
N°126 : Les violons dingues,   de Younes Khourassani
N°125 : MĂ©garama   Grandeur et dĂ©cadence
N°124 : Le site archĂ©ologique de Mzora,  cherche protecteurs
N°123 : Le malhoun,  ce chant ancien si moderne
N° 122 : Biyouna,   nĂ©e star
N°121 : Le FIFM poursuit sa quĂŞte identitaire 
N° 120 : FIFM,   entre Ă©vĂ©nementiel et cinĂ©ma
N°119 : FIFM :   des premiers films Ă  l’honneur
N°118 : Hamidi, artiste bohème 
N°117 : Leftah :   ils sont tous contre la censure
N°116 : Droits d’auteur :   le rendez-vous manquĂ© du BMDA
N°115 : La source des femmes :   source de…
N°114 : RĂ©compense  La saga des prix littĂ©raires
N°113 : Exposition  Deuxième regard  ou l’expĂ©rience du troisième Ĺ“il
N°112 : CinĂ©ma  La dernière sĂ©ance
N°111 : La scène artistique arabe  ou l’esthĂ©tique de la violence
N°110 : HD Un paquebot pour l’art Ă  Anfa
N° 109 : La politique de la chaise… rouge 
N°108 : Farid Mayara, le jazz sans limites  
N°107 : Hommage Le destin de la perle noire  
N° 106 : Jawhara : wakha  
N° 104/105 : Interview Amazigh Kateb  
N° 104/105 : Lumineuse Dar BeĂŻda 
N°103 : Droits d’auteur Quand la musique est bonne 
actuel 102 : Tout l’art de Timitar 
actuel 101 : Festival Essaouira Back to basics  
N°100 : Championnat du Maroc Junior 2011 by CrĂ©dit Agricole Superbe  
N°99 : Exposition Une grappe de talents  
N° 98 : Tiken Jah Fakoly  Porte-parole du continent noir
N° 97 : Amazing Mawazine 
N° 96 : Festival MDR 2011 : il n’y aura pas que Jamel 
N° 95 : Festimode : Un Ă©vĂ©nement et des talents  
Actuel n°94 : Mawazine : Nos coups de cĹ“ur  
Actuel n°94 : GĂ©nĂ©ration Mawazine : La relève est lĂ  
N°93 : Mawazine, la parole aux artistes 
Actuel n°92 : Ficam : Une ambiance 3D  
Actuel n°91 : L’homme qui aimait une femme 
Actuel n°90 : Mawazine, au(x) ryth me(s) du monde 
Actuel n°89 : Du rire aux larmes 
Actuel n°88 : Nass El Ghiwane : Un groupe, un mythe 
Actuel n°87 : Il Ă©tait une fois Ă  M’Hamid El Ghizlane 
Actuel n°86 : Les coups de cĹ“ur des chasseurs de toiles… 
Actuel n°85 : L’Atelier 21 se paye DubaĂŻ ! 
Actuel n°84 : Casa Riders  Justiciers sur deux-roues !
Actuel n°83 : Ouverture culture Manifestes d’une gĂ©nĂ©ration perdue
Actuel n°82 : Le 17e SIEL  chasse Himmich
Actuel n°81 : Le livre au Maroc Misères et Ă©mergence 
Actuel N°72 :  Pluie de stars sur Marrakech 
Actuel n°69-70 : Tahar Ben Jelloun  « Je suis affreusement professionnel »
Actuel n°68 : Festival d’art culinaire : brie de Fès et tournedos beldi 
Actuel n°67 : Medi 1 TV se dĂ©-chaĂ®ne 
Actuel n°66 : Carla Bruni, Â« glamour mais aseptisĂ©e et muette »
Actuel n°65 : ThĂ©ories du complot : au bonheur des paranos 
Actuel n°64 : Et hop, v’lĂ  l’pop art 
Actuel n°63 : Mounir Fatmi : Â« J’ai un cĂ´tĂ© très pasolinien »
Actuel n°62 : Yamou : Peintre par nature 
Actuel n°61 : Â« Le Maroc s’interdit de penser sans peur Hassan II »  
Actuel n°60 : Des Marocains Ă  New York 
N°59 : J’aurais voulu ĂŞtre...  Ă©crivain !
N°58 : Immigration illĂ©gitime 
N°57 : 24h avec Lee Fields 
N°56 : Hindi Zahra, la Billie Holiday marocaine 
N°55 : Art marocain : de la cote au coĂ»t 
N°54 : Le jour oĂą Benohoud a repris ses pinceaux 
N°53 : France-Espagne Le match culture
N°52 : L’argent fait son cinĂ©ma 
N°51 : Jamel Academy : MDR ! 
N°50 : Carlos Santana "Le succès implique l'hĂ´nnetetĂ©"
N°49 : Elton John bĂ©nit le Maroc 
N°48 : Julio Iglesias Â«â€‰Je ne suis pas un latin lover »
N°47 : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux de...  Jamel Debbouze
N°46 : Moonstock Ă  Lalla Takerkoust 
N°45 : Ben Cheffaj  en impose
N°44 : Jazzablanca,  American Beauty
N°43 : Photo :  la vie quotidienne loin des clichĂ©s
N°42 : Himmich :  le ministre qui se prenait pour un Ă©crivain
N°41 : Yasmina Khadra : Ă  charge et Ă  dĂ©charge
N°40 : Tremplin: 3 Jours, 3 Scènes, 3 Styles
N°39 : Majida Khattari: Niqab ni soumise 
N°38 : L’Orient Music Express un train d'enfer
N°37 : Abdel Alaoui Le chef qui rĂ©veille la cuisine
N°36 : Hicham Oumlil Un Marocain stylĂ© Ă  New York
N°35 : Le SIEL  des Marocains d’ailleurs
N°34 : Merzak Allouache Â« Un film sur le dĂ©sespoir des jeunes »
N°33 : Mahi Bine Bine un Parisien de cĹ“ur
N°32 : Tanger Le cinĂ©ma marocain en fĂŞte
N°31 : Meriem Bouderbala Des femmes et des spectres…
 
 
actuel 2010 Réalisation - xclic
A propos Nous contacter