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Le Louvre 12 siècles des arts de l’Islam vous contemplent 
actuel n°161, jeudi 27 septembre 2012
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100 millions d’euros, une étendue de 3 000 m2, plus de quinze mille pièces et des siècles de civilisation islamique, le département des arts de l’Islam du Louvre fait reluire un passé glorieux et n’a pas fini de faire parler de lui.

 

La cour Visconti du musée du Louvre accueille une civilisation plusieurs fois centenaire. De l’extrême Occident musulman jusqu’aux contrées orientales les plus éloignées, toute la finesse des arts de l’Islam y est représentée : arts décoratifs, objets divers, miniatures, textiles, tapis, éléments d’architecture... Une collection riche de plus de quinze mille objets, « et complétée par les trois mille cinq cents œuvres déposées par le Musée des arts décoratifs, cette collection témoigne de la diversité des créations artistiques issues de mille deux cents ans d’histoire et d’un territoire déployé sur trois continents », précise Sophie Makariou, conservateur du nouveau département. Pour contenir cette histoire, la magnifier, il fallait une architecture à la hauteur de l’événement. Une magnifique verrière ondulante en forme de tapis volant plane sur les pièces séculaires. Une prouesse architecturale signée Mario Bellini et Rudy Ricciotti. En effet, certains noms seront à jamais associés à ce nouveau département. « C’est la plus vaste opération de mécénat qui n’ait jamais été entreprise au Louvre », a déclaré le président français, François Hollande, à l’ouverture du nouveau département du Louvre. Cent millions d’euros y ont été consacrés, dont les principaux donateurs sont la Fondation Alwaleed Bin Talal, l’émir du Koweït Cheikh Sabah Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, et le roi Mohammed VI, qui y participe à hauteur de 15 millions d’euros. Quant à l’Etat français, il a injecté 30% du financement global. Cette aile lève le voile sur des pans de l’histoire, montre la finesse et le raffinement de plusieurs dynasties qui se sont succédé en terre d’islam, l’évolution des mœurs, des modes de vie. Le baptistère de Saint Louis demeure une pièce emblématique de ce musée. Cette création mamelouke servait au baptême des enfants des rois de France. Liant ainsi l’Orient et l’Occident. Mais ce baptistère n’est qu’une pièce parmi des milliers d’autres qui racontent une histoire, notre histoire commune. Et pour la petite histoire, c’est en 1893 qu’est créée une section des « arts musulmans » au musée du Louvre, et qu’une première salle dédiée à la collection islamique au sein du département des objets d’art est ouverte. Mais c’est en 2003 que l’ancien président français Jacques Chirac annoncera la création de ce nouveau département. Plus tard, d’autres hommes politiques ou passionnés défendront... le projet mais ceci est une autre histoire…

Amira-Géhanne Khalfallah

Entretien avec Madame Gwenaëlle Fellinger, conservateur adjoint du département des arts de l’Islam

 

Actuel : Qu’est-ce qui distingue l’art islamique d’un art arabe païen ?

Gwenaëlle Fellinger : L’art islamique n’est pas l’art arabe. L’art islamique couvre une civilisation qui s’étend depuis l’Espagne jusqu’à l’Inde, du VIIe au XIXe siècle. Il inclut donc aussi des aires géographiques très importantes, comme l’Iran, l’Asie centrale ou le monde turc.

L’art islamique n’est pas un art défini par la religion. On distingue en français l’Islam, avec une majuscule, qui désigne la civilisation, et l’islam, avec une minuscule, qui désigne la religion. L’art dont nous parlons est l’art d’une civilisation, dans laquelle des chrétiens, des juifs, des zoroastriens, par exemple, ont aussi leur place.

 

Les différentes périodes et les différents pays de l'Islam sont-ils tous représentés à travers la collection de ce département ?

Les différentes périodes de la civilisation islamique et les différentes zones géographiques sont toutes représentées. Les œuvres couvrent donc toutes les époques entre le VIIe et le XIXe siècle et proviennent de toutes les aires géographiques, depuis l’Espagne jusqu’à l’Inde.

 

Quelle est la pièce la plus ancienne et quelles sont son origine et sa valeur ? Même question concernant la pièce la plus récente.

Il est difficile de répondre, car nous n’avons pas une pièce « la plus ancienne » et une pièce qui serait « la plus récente ». Les datations sont parfois difficiles à établir précisément, en particulier pour des objets archéologiques des périodes anciennes. Nous présentons plusieurs vitrines montrant des œuvres encore très influencées par l’antiquité tardive (la période précédant immédiatement l’essor de la civilisation islamique), comme des céramiques, des éléments de stucs, des métaux. On les date des VIIe-VIIIe siècle environ.

Concernant les pièces les plus récentes présentées dans les espaces, elles datent de la fin du XVIIIe siècle ou du tout début du XIXe siècle. Nous pouvons, par exemple, citer un grand moucharabieh de bois provenant d’Egypte, probablement du XVIIIe siècle, surmonté de vitraux de stuc également égyptiens. Nous présentons aussi, en alternance, notre collection de peintures sur papier d’époque qajare (Iran, XIXe siècle).

 

Quelle est, à votre avis, la période la plus riche artistiquement de l'histoire des arts de l’Islam et par quoi se distingue-t-elle ? Un exemple d'une pièce que vous exposez ?

Toutes les périodes de l’art islamique sont particulièrement riches, certaines techniques ont tour à tour été plus mises en valeur que d’autres en fonction des époques.

La collection du Louvre, en revanche, possède quelques points forts, mais ils sont dus à l’histoire de la constitution des collections au XIXe siècle en France. Certaines productions ont alors été plus prisées par les collectionneurs ou les conservateurs et occupent aujourd’hui une place importante dans les collections. C’est le cas, par exemple, de la collection de métaux à décor incrusté provenant d’Egypte et de Syrie, entre le XIIIe et le XVe siècle.

La pièce la plus célèbre est un bassin, appelé « baptistère de Saint Louis », fabriqué probablement en Syrie dans la première moitié du XIVe siècle. Cette œuvre est remarquable non seulement par sa technique, son iconographie, mais aussi par le fait qu’elle est signée six fois de son auteur, ainsi que par son histoire. Ce bassin est, en effet, parvenu dès le Moyen Âge en Occident et a appartenu aux collections des rois de France.

 

Quelle est à votre avis la pièce la plus emblématique de ce nouveau département ?

Le département est particulièrement connu pour quelques chefs-d’œuvre. Outre le baptistère de Saint Louis, déjà cité, nous pouvons évoquer l’aiguière en cristal de roche, d’origine égyptienne, datant des environs de l’an mille qui a appartenu au trésor de l’abbaye royale de Saint-Denis, mais aussi une pyxide en ivoire, au nom du prince al-Mughira, fabriquée en Espagne, probablement à Cordoue, en 968, ou encore une tête de prince, en stuc, provenant d’un palais iranien et datant du XIIIe siècle. La collection de tapis, datant essentiellement des XVIe-XVIIIe siècle et provenant d’Iran, d’Inde ou de Turquie, est également de première importance. Pour des raisons de conservation, les tapis sont présentés par roulement de six mois dans les nouveaux espaces.

Propos recueillis par

Amira-Géhanne Khalfallah

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