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Plan social : les sacrifiés de la RAM
actuel n°116, vendredi 11 novembre 2011
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Menaces, chantage, harcèlement... Pour se débarrasser de ses hôtesses et de ses stewards, la compagnie Royal Air Maroc utilise des méthodes contestables. Enquête sur un plan asocial.


***

La scène se passe début octobre. Naïma(*), hôtesse navigante depuis quatorze ans à Royal Air Maroc, est convoquée à la direction des ressources humaines. « Un adjoint du DRH a commencé à me demander si je savais pourquoi j’étais là, se souvient-elle. Je l’ignorais. Et il m’a dit : ‘‘Votre direction vous a choisie pour le départ volontaire’’. »

En entendant cette formule surréaliste, Naïma est d’abord estomaquée d’avoir été désignée volontaire ! Puis elle apprend qu’on lui reproche un arrêt pour un accident de travail. Elle conteste les jours d’arrêt qu’on lui impute.

Mais son interlocuteur ne semble pas s’arrêter à ces détails. Et lui précise que, de toute façon, elle n’a pas le choix. Complètement sonnée par cet entretien, Naïma découvre qu’elle est l’une des premières victimes du plan social.

Le plan social de RAM ? Il a été signé le 18  août dernier par la direction et l’UMT. Il prévoit le départ de 1 560 personnes et entre dans le cadre du plan de rationalisation de la compagnie. Dans le communiqué de RAM, il est précisé qu’il s’agit de départs volontaires, et la communication qui en avait été faite insistait sur les conditions avantageuses dont bénéficieraient les partants de plus de 45 ou 55 ans.

Naïma a 33 ans. Et n’a pas du tout envie de partir. L’adjoint aux RH en prend note. Et quand Naïma rentre chez elle pour consulter son programme de vol, elle découvre stupéfaite qu’elle n’embarquera pas le lendemain comme prévu : on vient de lui coller 55 jours de congés annuels ! Comme elle, plus de 180 hôtesses et stewards ont été convoqués en octobre et ont subi le même chantage.

Les salariés, une quarantaine à ce jour, qui ont refusé le départ « volontaire », ont écopé de la même sanction : congés forcés jusqu’à fin novembre. Driss Benhima, le PDG de RAM a pourtant affirmé mordicus que ces congés obligatoires n’existaient pas. « Il n’a jamais été question de congés forcés.

Là, on est face à une vraie intox », déclarait-il à L’Economiste le 13 octobre dernier. Le document que nous reproduisons (et nous en avons vu de nombreux autres) prouve que c’est plutôt la direction qui, en l'espèce, pratique l’intox...

Au total près de 200 PNC (personnel navigant commercial) ont donc été convoqués depuis début octobre. Outre les 40 refuzniks, une cinquantaine sont entre deux convocations, et environ 70 auraient accepté les conditions de départ. « Conditions très avantageuses », martèle la direction.

Et c’est vrai que sur le papier, le chèque est conséquent. Une hôtesse qui a moins de quinze ans d’ancienneté peut obtenir jusqu’à 25 mois de salaire. Mais il s’agit pour beaucoup de PNC d’un cadeau en trompe-l’œil. Nombre d’entre eux ont contracté des crédits garantis par RAM, que la compagnie impose de rembourser par anticipation. Et cela débouche sur des situations ubuesques comme celle de Nadia(*), une mère de famille de 35 ans, qui cumule un crédit immobilier et un crédit voiture, tous deux garantis par l’entreprise. Si elle accepte le départ volontaire, elle devra faire un chèque de plusieurs dizaines de milliers de dirhams à Royal Air Maroc !

Des intimidations... aux procédés vicieux

Que propose RAM, à part un package qui ne se négocie pas ? Pour le savoir, on doit se contenter du communiqué du 19 août où l’on apprend que des bureaux de reconversion sont prévus pour les agents « désireux de redéployer leurs compétences dans un autre domaine ».

Concrètement, les hôtesses nous ont raconté qu’on leur proposait de monter leur entreprise, de reprendre une laiterie ou d’élever des veaux ! Certainement parce que leur expérience des plateaux-repas les prédisposait à se lancer dans le business de l’agroalimentaire...

En fait, le marché proposé par la direction ressemble furieusement à un chantage, et les méthodes utilisées sont proches du harcèlement. Othmane El Bouazizi, le président de l’Association du personnel navigant commercial de RAM (Aspenac), estime d’ailleurs que les conditions des entretiens, rebaptisés « mort subite », se sont détériorées.

« La direction durcit le langage. Les PNC féminins sortent des rendez-vous en larmes. Certaines ont été hospitalisées en dépression car on leur montre leur lettre de départ, ou une proposition d'un poste au sol à 2 400 dirhams avec un statut Atlas Multi Service (ndlr : la filiale d’intérim de RAM), en précisant ‘‘vous allez partir et vous devez choisir maintenant et pas demain’’ ! »

Ces intimidations sont souvent assorties de menaces – à peine voilées – de licenciement pour faute. On reproche à Naïma un accident de travail qui l’a immobilisée durant quinze jours. Elle a pourtant assuré le vol le jour de l'accident.

On accuse Nadia d’avoir eu deux arrêts maladie en quatorze mois. Fallait-il qu’elle contamine le reste de l’équipage et des passagers alors qu’elle était terrassée par une grippe ? Quant à Nezha(*) (lire son témoignage page 20), le procédé est encore plus vicieux.

Ses managers lui font remarquer trois absences injustifiées (qu’elle conteste). Au bout de quatre absences injustifiées, c’est le licenciement pour faute. Mais le système est pervers. Pour connaître leurs prochains vols, les PNC doivent se connecter en permanence sur Internet et consulter leur individual roster, une feuille de route qui peut changer à tout moment !

On peut programmer un vol la veille pour le lendemain et si l’hôtesse ne peut pas se connecter, personne ne l’avertira par SMS. Le système a des failles que la direction utilise pour pousser les PNC à la faute. Mais c’est légal.

Des congés forcés illégaux

Ce qui l’est moins, c’est la méthode des congés forcés. Les victimes de cette sanction n’ont reçu aucune notification écrite de la direction, simplement une mise à jour de leur individual roster transformant leurs vols en « vacances ». L’UMT, le syndicat représentatif de RAM, a protesté officiellement, le 17 octobre, contre ce congé exceptionnel forcé en arguant que la loi précise qu’il faut remplir un formulaire de demande de congé annuel (Code du travail, chapitre IV : section II - articles 245 ET 246).

« Dans le cas de notre compagnie, précise l’UMT, les congés annuels doivent être planifiés, les formulaires remplis et signés par les intéressés, dix jours avant le départ en congé. »

Et le syndicat de souligner : « Pire encore, ces agents ont été menacés, toujours par leur hiérarchie, de licenciement au cas où ils refuseraient de valider leur départ. Ce qui est en contradiction avec la note de départ qui est largement volontaire. » Cette protestation n’a eu aucun effet.

Alors, les PNC sacrifiés ont choisi de se faire entendre différemment. Pour la première fois dans l’histoire de RAM, une centaine d’hôtesses et de stewards ont manifesté devant le Parlement en uniforme le  26 octobre.

Résultat de cette démonstration médiatisée : Mohamed Daidaa, président du groupe parlementaire pour l'Unicité et la démocratie, a saisi le président de la commission des finances du Parlement le 2 novembre pour demander une convocation de Driss Benhima.

En pointe de ce combat, l’Aspenac avait auparavant convoqué une assemblée générale qui s’est soldée par un vote à bulletin secret : 123 PNC sur 123 votants ont réclamé « l’arrêt immédiat et sans condition des entretiens à caractère arbitraire se faisant sous couvert d’un départ volontaire qui n’est autre qu’un départ forcé » ainsi que « l’annulation des congés annuels forcés ».

Pour toute réponse, la direction a convoqué Othmane El Bouazizi, le président de l’Aspenac. « Ils m’ont dit que je n’avais pas le droit d’adresser des procès-verbaux, d’organiser des assemblées générales ou des manifestations devant le Parlement. Ils m’ont même menacé en précisant : ‘‘Vous engagez votre responsabilité personnelle. L’association ne pourra pas vous protéger’’.

Selon eux, l’association n’est pas un interlocuteur légal, nous devons nous en tenir à des activités sociales. Ils m’ont dit qu’ils pouvaient m’aider à organiser des matchs de foot ! » En fait, les statuts de l’Aspenac précisent que l’association assure « la protection de la profession, les intérêts collectifs et les droits des adhérents » et l'asociation est en première ligne dans la défense des hôtesses sacrifiées.

Une assemblée générale est à nouveau prévue le lundi 14 novembre et, dès le lendemain, les 40 PNC en congés forcés envisagent d'entamer une grève de la faim devant le siège de RAM. Car leur situation est dramatique.

Au-delà du traumatisme psychologique, il y a le choc pécuniaire : leur salaire mensuel est au moins divisé par deux en période de congé. D’un traitement variant de 13 000 à 17 000 dirhams avec les primes de vol, ils passent à un fixe stagnant autour de 6 500 dirhams. « J’ai 10 000 dirhams de remboursement de crédit par mois. Comment vais-je m’en sortir ? », s’inquiète Nadia.

 

Déprime au sol, stress en vol

Pendant ce temps, les vols continuent... mais avec 40 hôtesses et stewards en moins. Sur un effectif de 495 PNC, ça ressemble à un trou d’air. Les clients de RAM ont pu constater que le service s’en ressentait et des CDD seraient recrutés en urgence.

Quant aux PNC qui n’ont pas encore été convoqués, on imagine aisément que la motivation n’est pas au top quand on vit sur un siège éjectable. « Après chaque vol, les hôtesses ont le stress d’être convoquées à la réunion de la mort subite. A chaque coup de téléphone, on se demande ‘‘est-ce que c’est mon tour ?’’ », raconte Othmane El Bouazizi. Le problème, c’est que cette angoisse permanente se répercute en vol.

« La façon avec laquelle on essaye de faire partir les PNC est préjudiciable à la sécurité dans les avions, soutient Najib Ibrahimi, enquêteur en accidents d'aviation accrédité par la Fédération internationale des pilotes. Nous, en tant que commandants de bord, nous sommes tributaires de leur travail. »

Et le travail d’une hôtesse ou d’un steward, ce n’est pas seulement de servir des plateaux et de dire au revoir à la sortie. En situation normale, les PNC gèrent les checklists de sécurité. En situation d’urgence, ils doivent diriger une évacuation ou s’assurer que les passagers mettent leur masque en cas de décompression.

Quand le vol 358 d’Air France a atterri en catastrophe à Toronto le 2 août 2005, les PNC ont réussi à évacuer les 297 passagers en deux minutes. Quatre minutes plus tard, l’avion s’est enflammé. C’est le sang-froid des hôtesses et des stewards qui a sauvé 297 vies.

« Il n’y a pas de relâchement de la part des PNC, poursuit Najib Ibrahimi. Mais on sent bien qu’ils n’ont pas toute leur attention. » Cette situation de précarisation du personnel est forcément préjudiciable. L’histoire de l’aviation montre que, dans différents accidents, la situation personnelle des membres de l’équipage peut altérer la sécurité.

En attendant, des hôtesses poursuivent leurs vols entre deux rendez-vous couperets avant d’être sacrifiées. Othmane El Bouazizi, au nom si symbolique, veut continuer, malgré les intimidations, à lutter contre ce qui ressemble singulièrement à l’immolation collective d’une génération d’hôtesses.

« Fin 2012, si le plan continue, après 400 départs, il ne restera plus que 95 PNC ! » En fait, la direction semble avoir revu à la baisse cet objectif de 400 (affiché par Benhima dans son interview à L’Economiste du 13 octobre) et a déjà pris les devants pour remplacer les partants (lire p. 22). Dans son interview à 2M du 1er novembre, Driss Benhima explique que « la réduction de la flotte de dix avions signifie 200 hôtesses et stewards en trop ».

Sauf que dans le même temps, RAM prévoit d'acquérir 19 avions d'ici 2016 dont 2 en 2011 et 6 en 2012 ! Dans tous les cas, El Bouazizi estime que la compagnie n’a pas choisi les bons désignés volontaires. Et de conclure : « Dans un plan social, on commence par se séparer des derniers entrants. Et le dernier arrivé, c’est Benhima ! »

(*) Les hôtesses craignant des représailles à titre individuel, les prénoms ont été changés.

Le jour où j’ai été convoquée...

Nezha(*) est hôtesse depuis treize ans. Un beau matin, elle découvre qu’on a décidé de se passer de ses services d’une manière pour le moins cavalière. Témoignage.

***

Elles étaient trois chefs de cabine, « managers de proximité », à me recevoir. L’une menait l’entretien, la seconde, la soixantaine, vérifiait mes états de services sur l’ordinateur, la troisième ne disait rien. Elles ont commencé à me demander si je savais pourquoi j’étais convoquée.

Je leur ai répondu : « J’ai eu vent de ce que vous suggérez. Je vous écoute. » Alors la plus âgée m’a dit : « Vous connaissez la situation de l’entreprise. RAM ne peut se permettre le luxe de conserver tout son personnel. L’idéal pour vous, c’est de partir. De toute façon, vous n’avez pas le choix. »

La chef de cabine, qui vérifiait mes états de service, a alors souligné que j’avais eu des arrêts maladie. J’ai rétorqué : « Je suis là pour quoi ? Pour un plan social ou pour mes problèmes de santé ? » Elles m’ont alors précisé que j’étais bien là pour le plan social. Je leur ai fait remarquer que le plan social, d’après ce qu’avaient dit les médias, concernait les plus de 45 ans et qu’ayant 32 ans, je ne me sentais pas concernée.

L’une a ironisé : « Oui, 32 ans, toute jolie, toute fraîche, toute pimpante ! » L’autre a précisé plus sérieusement : « Les critères du plan ont changé. » J’ai alors demandé un délai de réflexion. « De combien de temps ? » J’ai répondu : « Une année. » Elles m’ont dit : « Vous avez une semaine ! » J’ai 13 ans de carrière à RAM et je dois remettre ma vie en cause en une semaine !

Le couteau dans la plaie

J’ai alors voulu connaître les conditions de départ. Elles m’ont répondu que je partirais aux conditions existantes pour les personnes de mon âge (à savoir 25 mois de salaire et 3 billets d’avions à tarif préférentiel).

« Si vous êtes d’accord, il faudra travailler jusqu’en février et vous montrer extrêmement assidue, sinon les conditions pourraient changer. » J’ai voulu obtenir des précisions : cela signifiait-il que j’aurais moins d’indemnités ou que je serais licenciée ?

Mon interlocutrice a alors eu ces mots : « Ce qui est formidable, c’est que vous comprenez, sans qu’on vous explique ! » Avant de conclure comme pour remuer le couteau dans la plaie : « Je suis triste pour vous. Vous êtes passée à côté de votre carrière. »

Une semaine plus tard, j’ai eu un nouvel entretien avec un agent RH. Il était beaucoup moins intimidant avec moi. Il m’a simplement demandé : « Etes-vous consentante au départ ? » J’ai répondu : « Non. »

Alors, après avoir contesté des absences injustifiées qu’il a voulu me mettre sur le dos, j’ai précisé que je ne voulais pas partir et j’ai voulu savoir en combien de temps il prendrait une décision me concernant. « Pas longtemps », a-t-il dit. C’était le matin. Le soir même – alors que j’étais d’astreinte le lendemain –, je me suis connectée sur ma feuille de vol et j’ai découvert qu’on venait de m’imposer 35 jours de congé annuels...

(*) Les hôtesses craignant des représailles  à titre individuel, les prénoms ont été changés.


Y a-t-il une hôtesse dans l'avion?

Pendant qu’elle se débarrasse de ses hôtesses expérimentées, Royal Air Maroc recrute !

***

200 ou 400 ?  Quel que soit le nombre de départs forcés ou volontaires du personnel naviguant, une telle hémorragie va forcément se traduire par un redéploiement mené au pas de course. Depuis quelques années déjà, le nombre d’hôtesses et de stewards a fondu.

Sur un vol en Boeing 737-800 par exemple, on est passé de 6 à 4 PNC. Ne vous demandez plus pourquoi il faut plus d’une heure pour débarrasser un plateau-repas... qui est déjà froid avant qu’on ne vous serve la boisson.

Mais on ne peut pas indéfiniment réduire le nombre d’hôtesses ni les remplacer par des robots. Alors, tout en se débarrassant de son personnel, RAM recrute ! En catimini, bien sûr, mais elle fait appel à plusieurs sources pour combler le sous-effectif que le plan social provoque.

D’abord, il y aurait selon l’Aspenac, 25 PNC subsahariens en activité, recrutés en contrat local et dont les émoluments tourneraient autour de 12 000 dirhams, moins cher qu’une hôtesse marocaine.

Ensuite, RAM aurait également fait appel à l’Anapec pour embaucher de jeunes recrues qui, non seulement ne sont payées que 4 500 à 6 000 dirhams, mais sont exonérées de charges pendant deux ans quel que soit leur niveau scolaire.

« Une hôtesse, c'est comme un bon vin »

Ces nouvelles hôtesses et ces jeunes stewards n’ont pas toujours le niveau requis. Chaque PNC a son anecdote à raconter sur ces apprentis. « L’une m’a demandé comment on disait poulet en anglais », se souvient Othman El Bouazizi.

« Une autre allait voir les passagers de première classe en leur demandant s’ils voulaient du poulet ou du mouton », renchérit Naïma. C’est sûr que ça fait moins classe qu’un émincé de poulet ou un tajine d’agneau aux pruneaux.

Mais au-delà de ces gags, Najib Ibrahimi enquêteur en accidents d'aviation accrédité par la Fédération internationale des pilotes, souligne qu’il faut « un minimum d’entraînement réglementaire et une actualisation tous les ans pour assurer la sécurité en vol. Ces PNC qui partent ont beaucoup d’expérience. Ils ont appris avec les anciens, le sens du tact et la maîtrise des passagers indisciplinés ».

« Il s’agit d’une dégradation pure et simple de RAM », renchérit Nezha, hôtesse depuis 13 ans. Et de préciser : « Une hôtesse, c’est comme un bon vin. Il faut des années pour arriver au standard. Résoudre une situation conflictuelle en vol demande une certaine maturité.

Ce métier, c’est de la discipline et de la rigueur. Il y a toujours eu un échange entre les débutants, parfois nonchalants et négligents, et les anciens qui leur transmettaient le savoir-être et le savoir-faire. »

Mais aujourd’hui, dans certains vols, on se retrouve avec un jeune recruté par l’AMS, un autre en CDD, un Subsaharien qui ne maîtrise pas toujours l’anglais et encore moins l’arabe, et un chef de cabine débordé qui doit gérer tout ce beau monde... Bienvenue à bord !


7 questions... sans réponse

 

Nous avons tenté à plusieurs reprises de joindre des responsables de la RAM afin d’avoir des éclaircissements sur les agissements de la compagnie vis-à-vis de son personnel. La veille du bouclage, nous avions enfin la promesse d’une réponse. A peine décoré du wissam mercredi, Driss Benhima s’engageait par la voix de son service de communication à nous répondre par mail. Voici les questions que nous lui avions fait parvenir.

1- Quelle est la teneur exacte du plan social concernant les PNC ? Dans votre interview à L’Economiste du 12 octobre, vous annonciez 400 départs sur trois ans. Et il semble que, d’après vos dernières déclarations à 2M, seules 200 personnes seraient concernées...

2- Selon quels critères se fait le choix des hôtesses et stewards convoqués ?

3- Combien de PNC ont répondu favorablement à ce plan de départ ? Et concernant les autres catégories de personnel ?

4 - Les hôtesses font état d’intimidations lors des entretiens et affirment qu’on leur demande d’être candidates au départ volontaire sous peine de sanctions. Que répondez-vous à ces accusations ?

5 - Niez-vous toujours avoir mis en congé annuel forcé les PNC qui ne consentaient pas au départ ?

6 - Y a-t-il des recrutements de PNC en cours par l’intermédiaire d’AMS ou de l’Anapec ?

7- Le départ des PNC est justifié par la réduction de la flotte de dix avions. Or, n’avez-vous pas pour objectif d’acquérir de nouveaux appareils les prochaines années ?

 

La direction de la RAM nous a fait part de sa réponse : « Compte tenu du ton utilisé dans vos questions qui s’apparentent plus à un interrogatoire qu’à des questions journalistiques, nous préférons ne pas répondre d'autant que la compagnie s’est largement expliquée sur ce sujet dans différents medias. » Les questions précises relèvent-elles d'un interrogatoire ? A vous de juger...


 

Restructuration : des mesures choc

 

Fini la période faste où la compagnie nationale, porte-étendard du drapeau marocain, menait grand train sans veiller aux équilibres financiers. Libéralisation du ciel oblige, il est temps de se serrer la ceinture. Le point sur la cure.

***

Ces dernières semaines, il faut reconnaître que la compagnie nationale n’a pas ménagé ses efforts pour communiquer tous les détails de son plan de restructuration mis en branle, deux mois après la signature de son contrat programme avec l’Etat.

Contrat qui prévoit un plan d’investissement de 9,3 milliards de dirhams sur la période 2011/2016, et une recapitalisation de 1,6 milliard de dirhams. En contrepartie de l’effort étatique, RAM s’engage fermement à économiser 1 milliard de dirhams par an.

Aussi, la direction de la compagnie a-t-elle mis en œuvre, sans tarder, une série de mesures pour rationaliser les dépenses et stopper l’hémorragie. Jusqu’à présent, ses pertes se chiffraient à 20 millions de dirhams par semaine.

Parmi les mesures adoptées sur-le-champ, la réduction des charges d’exploitation en optimisant la productivité, et celle de la masse salariale via la réduction des effectifs. Mais, parallèlement, la compagnie nationale s’engage à poursuivre la modernisation de sa flotte pour à la fois améliorer son taux d’utilisation de 18% à partir de 2012, et homogénéiser sa flotte en vue de mieux répondre aux exigences du réseau et des passagers.

Concrètement, RAM prévoit de retirer 10 appareils et de conserver uniquement ceux de nouvelle génération auxquels viendront s’ajouter les avions neufs qui seront commandés dans les prochaines années.

 

1 500 « volontaires » d'ici 2013 ?

L’« optimisation des effectifs » constitue, bien entendu, l’autre axe majeur du programme de restructuration. Au menu, réduction du personnel via le départ « volontaire » de 1 500 personnes entre 2011 et 2013 et ce, à des conditions qualifiées d’avantageuses par la direction de la compagnie.

Parallèlement, des mesures de soutien sont prévues comme la création d’un fonds et un dispositif d’accompagnement des candidats au départ volontaire.

Toujours pour remettre à flot la compagnie, le réseau des vols sera revu de fond en comble pour optimiser l’affectation des appareils et adapter le programme aux exigences de la clientèle.

D’ores et déjà, neuf appareils ont fait l’objet d’un réaménagement des cabines. Pour le confort des passagers, le service à bord a été équipé en tablettes électroniques et produits de divertissement dédiés aux enfants.

Côté franchise bagages, RAM a lancé, dès le 1er novembre, le « Piece concept » basé sur le nombre et non le poids du bagage, tout en préservant la gratuité dans la limite de 23 kg. Parallèlement, les clients en classe Affaires et ceux en transit bénéficient d’un plan de rénovation adéquat.

Toujours par souci de rationalisation des charges, une place plus importante sera accordée aux nouvelles technologies. Au programme donc, le perfectionnement du site marchand de la RAM, le lancement du web checking pour enregistrer et retirer la carte d’embarquement via Internet ainsi que le call center multilingue.

Reste à savoir si cette panoplie de mesures suffira à pérenniser la compagnie nationale. Rendez-vous dans un an.

Mouna Kably


 

Billet : Le discours et la méthode

 

Le plan social qui touche quelques centaines d’hôtesses et de stewards de Royal Air Maroc peut sembler anecdotique au regard de tous les conflits sociaux auxquels est confronté le pays.

Après tout, à première vue, les personnes visées perçoivent une indemnité conséquente et leur départ pourrait paraître justifié dans une entreprise qui joue sa survie. Dans l’ambitieux programme de modernisation de la compagnie, le volet PNC du plan de restructuration de RAM n’est finalement qu’un détail. Mais c’est le détail qui tue.

Alors que RAM clame haut et fort qu’elle veut se recentrer sur son cœur de métier, elle se débarrasse des salariés dont le métier est au cœur des prestations de la compagnie. Faire voler un avion commercial, ce n’est pas seulement le piloter. C’est aussi, pour un PNC, savoir gérer 50 passagers dont certains sont en proie à l’anxiété et savoir répondre aux situations d’urgence les plus dramatiques. Il faut six mois pour former une hôtesse. Mais il faut dix ans pour qu’elle soit prête à affronter tous les aléas que peut subir un vol.

Or, les hôtesses visées par les entretiens de « mort subite » ont entre 10 et 25 ans d’expérience... L’année prochaine, quand vous volerez avec RAM, soyez indulgents envers les débutants qui prendront soin de vous.

Ce gâchis humain est amplifié par les méthodes utilisées qui sont aux antipodes du discours « social » tenu par la direction. Hélas, ce n’est pas une première. Que ce soit à l’ONHYM, l’ODEP (Marsa Maroc) ou 2M, quand une entreprise publique veut alléger sa charge salariale, elle maquille en départs volontaires des pressions psychologiques insoutenables.

Des  licenciements économiques, accompagnés de réels soutiens à la reconversion, seraient plus « propres » que ces techniques de harcèlement moral à grande échelle. C’est d’ailleurs comme ça que cela se passe dans les entreprises socialement responsables...

E.L.B.

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N° 104/105 : Presse étrangère/Maroc Le grand malentendu  
N°103 : Le temps de l’amazigh  
actuel 102 : Référendum Ecrasante victoire du Oui  
actuel 101 : Fatéma Oufkir : Le roi et moi 
N°100 : 100 indignations et 100 solutions pour le Maroc 
N°99 : Projet constitutionnel Le roi et nous  
N° 98 : Pédophilie  : Tolerance zero 
N° 97 : Gad, Jamel & co Pourquoi les Marocains font rire le monde
N° 96 : L’horreur carcérale 
N° 95 : Enseignement privé : Le piège  
Actuel n°94 : Moi, Adil, 25 ans, marchand de chaussures et terroriste  
N°93 : Ces cliniques qui nous ruinent 
Actuel n°92 : Mais que veulent les jeunes ? 
Actuel n°92 : Il n’y pas que le 20-Février…  
Actuel n°92 : Qui cherche à déstabiliser le pays ?  
Actuel n°92 : Â«â€‰Nos attentes sont plus grandes que le 20-Février »  
Actuel n°92 : Trois jeunesses 
Actuel n°92 : Attentat : Le jeudi noir de la ville ocre  
Actuel n°92 : Révolutions et attentats Sale temps pour Zenagui 
Actuel n°91 : Le grand nettoyage 
Actuel n°90 : Le retour des adlistes 
Actuel n°89 : Ruby : sexe, mensonges et vidéo 
Actuel n°88 : Impôts : Halte à la fraude 
Actuel n°87 : Hassan II TV c’est fini 
Actuel n°86 : Marine Le Pen : L’islam, les Arabes et moi 
Actuel n°85 : Vive le Maroc libre 
Actuel n°84 : Rumeurs, intox : à qui profite le crime ? 
Actuel n°83 : ET MAINTENANT ? Une marche pour la démocratie
Actuel n°81 : Sale temps pour les tyrans 
Actuel N°72 : Aquablanca : La faillite d’un système  
Actuel n°69-70 : Benguerir sur les traces de Settat 
Actuel n°68 : Art, sexe et religion : le spectre de la censure 
Actuel n°67 : Dans les entrailles de Derb Ghallef 
Actuel n°66 : Ces FQIHS pour VIP 
Actuel n°65 : RNI, le grand politic show 
Actuel n°64 : Bourse de Casablanca, des raisons d’espérer 
Actuel n°63 : Ex-ministres :  y a-t-il une vie après le pouvoir ?
Actuel n°62 : Le code de la route expliqué par Ghellab
Actuel n°61 : La vie sexuelle des Saoudiennes… racontée par une Marocaine
Actuel n°60 : Chikhates, shit et chicha 
N°59 : Eric Gerets, la fin du suspense ?
N°58 : Onze ans, onze projets 
N°57 : Raid sur le kif 
N°56 : Sea, Sun & Ramadan 
N°55 : Casablanca, mais qui est responsable de cette pagaille ?
N°54 : Ces ex-gauchistes qui nous gouvernent 
N°53 : Au cÅ“ur de la prostitution marocaine en Espagne 
N°52 : Diplômés chômeurs : le gouvernement pris au piège
N°51 : 2M : Succès public, fiasco critique
N°50 : L’amérique et nous 
N°49 : Crise, le Maroc en danger ?
N°48 : Les 30 Rbatis qui comptent 
N°47 : Pourquoi El Fassi doit partir 
N°46 : Chirurgie esthétique :  plus belle, tu meurs
N°45 : McKinsey dans la ligne de mire  
N°44 : Trafic sur les biens des étrangers 
N°43 : Avec les évadés de Tindouf 
N°42 : GCM / Tamesna : Un scandale en béton !
N°41 : ONA - SNI: Ils ont osé
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N°39 : Le Maroc, terre d'accueil des espions 
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N°37 : Boutchichis Les francs-maçons du Maroc
N°36 : Hamid Chabat réveille les vieux démons
N°35 : Vies brisées 
N°34 : Maires Ceux qui bossent et ceux qui bullent
N°33 : Botola Combien gagnent nos joueurs
N°32 : Sexe, alcool, haschich, jeux… Les 7 vices des Marocains
N°31 : Tanger Le dossier noir des inondations
 
 
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