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L’horreur carcĂ©rale 
actuel n° 96, vendredi 27 mai 2011
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Des prisonniers livrĂ©s Ă  eux-mĂȘmes, des matons dĂ©passĂ©s ou corrompus, une administration opaque et des politiques qui s’en lavent les mains
  L’état des prisons est un scandale permanent.


***

Une situation toujours trĂšs tendue dans la prison Zaki de SalĂ©, un nombre insuffisant de gardiens, un manque de places prĂ©occupant, un taux de rĂ©cidive alarmant, une inĂ©galitĂ© flagrante entre l’incarcĂ©ration dans les mĂ©tropoles et les geĂŽles des zones enclavĂ©es
 Le dernier rapport de l’Observatoire marocain des prisons (OMP) remet les prisons sous le feu de l’actualitĂ©.

Une omerta totale rĂšgne sur les pratiques des Ă©tablissements pĂ©nitenciers. Les dĂ©tenus sont maintenus dans un espace en tension perpĂ©tuelle. De multiples manƓuvres et transactions s’y jouent pour maintenir un Ă©quilibre prĂ©caire entre des criminels qui font la loi par la force de l’argent, ou la force tout court, et des matons mal payĂ©s, dĂ©motivĂ©s, qui n’hĂ©sitent pas Ă  se payer sur « la bĂȘte ». Des tĂ©moignages publiĂ©s par des dĂ©tenus sur YouTube laissent parfois transpirer des informations sur les drames qui se tissent dans une atmosphĂšre de bagne.

Le problĂšme : ce ne sont pas les politiques mais les sĂ©curitaires qui font les politiques pĂ©nitentiaires. L’IER a soldĂ© les annĂ©es de plomb et enterrĂ©, par la mĂȘme occasion, l’emprisonnement pour dĂ©lit d’opinion.

Et les pratiques carcĂ©rales sont depuis lors occultĂ©es. Certes, la Fondation Mohammed V pour la rĂ©insertion des dĂ©tenus a une action bĂ©nĂ©fique, mais la sociĂ©tĂ© punitive continue de se fier au savoir-faire de gardiens rompus Ă  la vieille Ă©cole ; celle oĂč l’on exige un droit de passage pour obtenir un lit dĂ©cent, une cellule spacieuse
 Le droit de cuissage et le racket institutionnalisĂ© sont toujours pratiquĂ©s.

Des problÚmes gérés en vase clos

L’explosion des licenciements et les mesures disciplinaires dans les rangs des matons montrent pourtant que la hiĂ©rarchie est consciente de ces problĂšmes mĂȘme s’ils restent gĂ©rĂ©s en vase clos. Avec la nomination de Hafed Benhachem Ă  la tĂȘte de l’administration pĂ©nitentiaire, les dĂ©fenseurs des droits de l’homme pensent que les prisons ont gagné  en opacitĂ©.

Concernant les critiques Ă©mises sur le rapport de l’OMP et le manque d’informations dĂ©taillĂ©es sur ce qui se passe Ă  l’intĂ©rieur des prisons, Me Abderrahim JamaĂŻ en rejette la responsabilitĂ© sur l’administration de Hafed Benhachem, qui ne joue pas la transparence vis-Ă -vis de l’opinion publique.

« Il y a une politique de verrouillage de l’information qui va Ă  l’encontre du droit d’accĂšs le plus Ă©lĂ©mentaire Ă  l’information ; l’administration pĂ©nitentiaire sous Benhachem se fonde sur l’obsession sĂ©curitaire », dĂ©clare-t-il.

RĂ©ponse du berger Ă  la bergĂšre

Mustapha Baris, inspecteur gĂ©nĂ©ral des prisons, explique que « la prĂ©dominance de la sĂ©curitĂ© Ă  l’intĂ©rieur des prisons n’est pas un objectif en soi, mais une conformitĂ© des dĂ©tenus Ă  la loi. Ce n’est pas une approche sĂ©curitaire de la gestion des prisons. Il faut avouer aussi que la surpopulation est un handicap pour toute tentative d’introduction des programmes extĂ©rieurs des ONG ».

La cartographie du monde carcĂ©ral Ă©pouse celle du Maroc inutile, les prisons les moins bien loties se situant dans le nord du pays. Oued Laou, TĂ©touan, Chefchaouen, des zones de non-droit oĂč les barons de la drogue rĂšgnent en maĂźtres, et oĂč les prisonniers sont contraints de monnayer le moindre service.

Un monde impitoyable oĂč le taux de rĂ©cidive est plus Ă©levĂ© qu’ailleurs, car les rĂ©sidents sont pour la plupart des junkies en puissance qui, une fois dehors, s’arrangent pour revenir le plus vite possible.

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les prisons explosent sous le poids de la rĂ©cidive. Sur trois dĂ©tenus relĂąchĂ©s, un retourne Ă  la case dĂ©part en moins d’une annĂ©e. L’incompĂ©tence des politiques Ă  rĂ©soudre le problĂšme de l’emploi est patente concernant des citoyens sans casier, que dire alors d’un ancien taulard qui traĂźne un lourd passé ?

On oublie souvent que la population carcĂ©rale est, dĂšs le dĂ©part, prĂ©carisĂ©e et dĂ©socialisĂ©e. MĂȘme les associations qui se battent pour leur rĂ©insertion reconnaissent la difficultĂ© d’accompagner les dĂ©tenus lors de leur libĂ©ration, par manque de moyens mais aussi parce que les mentalitĂ©s freinent fortement ces missions d’insertion, qui font pourtant partie des prioritĂ©s de l’administration pĂ©nitentiaire.

La solution ? L’expĂ©rience a montrĂ© ailleurs que les peines alternatives Ă  l’incarcĂ©ration Ă©taient efficaces pour rĂ©pondre au problĂšme de surpopulation dans les prisons, favoriser la rĂ©insertion et rĂ©duire les risques de rĂ©cidive. Un dĂ©bat s’impose autour de cette question sauf que les prisonniers sont de mauvais clients pour les politiques, car ils ne constituent guĂšre un vivier Ă©lectoral sĂ©duisant.

Abdellatif El Azizi

Monde carcĂ©ral : Le rapport de l’OMP est sans appel

Engorgement des prisons, harcùlement sexuel, consommation de drogue, corruption, transferts abusifs, maladies, suicides : le quotidien des prisons est accablant.

C’est un vĂ©ritable tableau noir du monde carcĂ©ral que dresse le dernier rapport de l’Observatoire marocain des prisons (OMP). Selon ce rapport dĂ©voilĂ© le 12 mai Ă  Rabat, la population carcĂ©rale a enregistrĂ© une hausse de 2% au cours d’une seule annĂ©e, passant de 51 623 personnes en septembre 2009 Ă  63 124 en septembre 2010.

Les responsables de l’OMP soulignent d’ailleurs que cette surpopulation demeure l’un des principaux problĂšmes des prisons marocaines. Le chiffre dĂ©finitif avoisine les 80 000 dĂ©tenus si on prend en compte les personnes en dĂ©tention provisoire. Ce total est composĂ© de 97% d’hommes et de 2,5% de femmes.

Les prĂ©venus reprĂ©sentent 42% contre 58% pour les personnes dĂ©jĂ  condamnĂ©es. Les crimes financiers reprĂ©sentent plus de 27% des peines purgĂ©es et le trafic de drogue 27,05% ; on retrouve en troisiĂšme place les crimes contre les personnes et, enfin, les crimes contre la sĂ»retĂ© et l’ordre public avec 14,38%.

La lecture qualitative des donnĂ©es chiffrĂ©es est encore plus frappante : la moitiĂ© des 80 000 prisonniers ont moins de trente ans ; 80% sont analphabĂštes ou prĂ©sentent un faible niveau d’instruction ; 90% sont chĂŽmeurs ou pratiquent de petit mĂ©tiers.

Un autre chiffre est fortement rĂ©vĂ©lateur des dysfonctionnements : chaque dĂ©tenu bĂ©nĂ©ficie d’un espace de 1,5 mĂštre carrĂ©, alors que la norme internationale varie entre 3 et 6 mĂštres carrĂ©s. Concernant le taux de rĂ©cidive au Maroc, il avoisine les 30%, soit un total de 18 508 dĂ©tenus actuellement.

Bombe Ă  retardement

Selon le rapport de l’OMP, les prisons au Maroc offrent l’image sombre d’un monde fermĂ© sur lui-mĂȘme et sur sa population. Au cours des annĂ©es 2009-2010, l’Observatoire a traitĂ© les plaintes et dolĂ©ances de 131 prisonniers, portant essentiellement sur les mauvais traitements et tortures (23% des cas), la santĂ© des prisonniers (12%), le rapprochement avec la famille (14%), et enfin sur les conditions d’incarcĂ©ration.

Car dans les soixante prisons du Royaume, la concentration des effectifs fait de la dĂ©tention un enfer. A titre d’exemple, la prison Sidi Moussa d’El Jadida connaĂźt une surpopulation de plus de 50% de sa capacitĂ©.

Cette prison accueille 1 500 dĂ©tenus au lieu de 1 000. La prison d’Al Hoceima connaĂźt toujours une situation explosive (Ă  hauteur de 200%). Dans le palmarĂšs des prisons surpeuplĂ©es figurent aussi les prisons de KelaĂąt Sraghna, Inezgane, Beni Mellal, TĂ©touan, Safi, Marrakech et Taza.

Sur cette question, le dernier rapport de l’AMDH a tirĂ© la sonnette d’alarme : « Si la capacitĂ© d’accueil des prisons au Maroc ne dĂ©passe guĂšre 40 000 places, le nombre des dĂ©tenus dĂ©passe parfois les 76 000. L’application des peines se transforme en un vĂ©ritable enfer, car le dispatching des prisonniers n’obĂ©it qu’au clientĂ©lisme et Ă  la corruption. »

Drogue et corruption

Autre tare, le phĂ©nomĂšne de la drogue dans le milieu pĂ©nitencier reste trĂšs rĂ©pandu au Maroc. Selon le rapport, cette situation est due essentiellement aux familles des dĂ©tenus mais elle est facilitĂ©e par la corruption des gardiens. Selon Me Abderrahim JamaĂŻ, vice-prĂ©sident de l’OMP, la responsabilitĂ© de l’usage de drogues en milieu carcĂ©ral relĂšve de l’administration en premier lieu.

Le sociologue Noureddine Saoudi dĂ©crypte la situation : « Il faut savoir que dans de nombreuses prisons (Casa, Tanger, TĂ©touan,..), les personnes, dĂ©tenues et condamnĂ©es pour trafic de drogue, arrivent en tĂȘte du classement par dĂ©lit de la population carcĂ©rale. Pour les fonctionnaires aux conditions salariales dĂ©risoires, c’est un moyen ‘‘facile’’ d’arrondir des fins de mois sensibles.

En outre, la drogue devient un catalyseur de violence, pour les accros qui sont en manque, et pour les barons et dealers qui sont en compĂ©tition pour s’accaparer le ‘‘marché’’ et le contrĂŽler. »

Sauf que le tout-sĂ©curitaire de l’administration pĂ©nitentiaire, malgrĂ© les efforts consentis par les pouvoirs publics pour amĂ©liorer le quotidien des prisonniers, plombe sĂ©rieusement le rĂŽle premier de la prison. Celle-ci devrait ĂȘtre un tremplin pour la rĂ©insertion et non pas une Ă©cole du crime.

Des dĂ©fenseurs des droits de l’homme, tel maĂźtre JamaĂŻ, Ă©voquent largement l’aspect sĂ©curitaire de l’univers carcĂ©ral comme l’un des blocages majeurs de l’amĂ©lioration de la situation Ă  l’intĂ©rieur des prisons.

« On a multipliĂ© le bĂ©ton, les grilles de sĂ©paration, on a tout sacrifiĂ© Ă  la sĂ©curitĂ© dans les prisons. Or, la sĂ©curitĂ© Ă  tout bout de champ est souvent inadaptĂ©e et parfois contre-productive. Elle heurte souvent et plus sĂ»rement la dignitĂ© des dĂ©tenus », assure-t-il.

Partant de ce constat, l’OMP a recommandĂ© la rĂ©vision de la politique punitive et l’adoption de peines alternatives non privatives de libertĂ©, la reconnaissance du droit des ONG au suivi des situations des prisonniers et la rĂ©vision de la loi relative Ă  la gestion et au fonctionnement des Ă©tablissements pĂ©nitentiaires.

Une chose est sĂ»re, les prisons au Maroc sont hautement mortelles : 133 cas de dĂ©cĂšs ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s en 2009 par l’administration pĂ©nitentiaire. Les causes sont certes diverses, mais on constate avec inquiĂ©tude que les maladies sont talonnĂ©es de trĂšs prĂšs par le suicide.

Mohamed El Hamraoui



Oukacha : Au cƓur de la prison VIP

Le fossé avec les autres geÎles dépasse le simple confort matériel. Voyage dans un monde de détenus de luxe.

Si Dominique Strauss-Kahn avait Ă©tĂ© interpellĂ© au Maroc, il aurait certainement Ă©tĂ© logĂ© Ă  Oukacha. C’est l’unique prison du pays en mesure d’accueillir ce type de cĂ©lĂ©britĂ© sans rougir. Non seulement parce que les bĂątiments sont quasi neufs mais surtout parce que les gens de la haute y sont comme coq en pĂąte.

A Oukacha, le cĂ©lĂšbre complexe pĂ©nitentiaire de Casablanca, mieux vaut avoir les moyens pour ĂȘtre hĂ©bergĂ© dans le pavillon surnommĂ© Ă  juste titre le « Quartier europĂ©en » ou « Quartier VIP ».

Il est vrai que l’aile en question pullule de dĂ©tenus Ă©trangers oĂč sont reprĂ©sentĂ©es toutes les nationalitĂ©s, des Chinois aux AmĂ©ricains en passant par les Russes. A Oukacha, l’accueil des personnalitĂ©s condamnĂ©es est une « spĂ©cialitĂ© » de la maison.

Un régime cinq étoiles

Depuis son ouverture, c’est lĂ  que rĂ©sident les dĂ©tenus les plus cĂ©lĂšbres du Royaume. Un vĂ©ritable annuaire mondain, que viennent complĂ©ter tous ceux que leur mĂ©tier ou leur position sociale exposent plus que d’autres, lorsqu’ils sont incarcĂ©rĂ©s : policiers, agents d’autoritĂ©, avocats.

Abdelmoughit Slimani, ancien président de la Communauté urbaine de Casablanca et beau-frÚre de Driss Basri, Abdelaziz Izzou, ancien directeur de la Sécurité royale, le commissaire Jalmad, Chrif Binlouidane, baron de la drogue notoire, sans compter quelques illustres inconnus au portefeuille bien garni


Des hommes d’affaires, tombĂ©s pour des affaires de chĂšques sans provision, ballottĂ©s au grĂ© des instructions, mais qui seront mieux lotis que le commun des mortels, les dĂ©tenus de droit commun. Sauf exception, durant la dĂ©tention provisoire et en cours de procĂšs, comme c’est le cas de Rachid Niny – soumis, lui, au pain sec pour l’instant -, la plupart des VIP ont droit au rĂ©gime cinq Ă©toiles.

« Ces prisonniers de haut rang n’ont pas le temps de s’ennuyer. Ils sont dans des cellules spacieuses en compagnie du minimum de codĂ©tenus, qu’ils choisissent le plus souvent eux-mĂȘmes. Ils ont droit Ă  la lecture de journaux, Ă  des sĂ©ances de gymnastique, aux promenades, au tĂ©lĂ©phone portable, au wifi, et mĂȘme Ă  des rencontres avec d’autres dĂ©tenus en salle d’activitĂ©s », s’indigne un dĂ©tenu pour chĂšque sans provision qui, lui, est obligĂ© de partager sa cellule avec une douzaine de malabars Ă  la mine patibulaire.

Le fossĂ© sĂ©parant les VIP des autres prisonniers dĂ©passe le simple confort matĂ©riel. Ils ont accĂšs aux soins de santĂ© avant tout le monde. Ces dĂ©tenus, tout VIP qu’ils soient, ne sont pas Ă©pargnĂ©s par la dĂ©tresse de l’incarcĂ©ration mais ils ont au moins un avantage. Ils trouveront toujours un mĂ©decin complaisant pour leur prescrire du Lexomil, ou quelque chose de plus fort.

Leurs bobos sont traitĂ©s en prioritĂ© et, jusqu’à une date rĂ©cente, une grosse liasse permettait Ă  ceux qui le voulaient de passer quelques mois, voire quelques annĂ©es, dans une chambre d’hĂŽpital oĂč ils recevaient Ă©pouses et enfants.

La pratique aurait Ă©tĂ© bannie en 2007 aprĂšs l’évasion spectaculaire, en mai 2006, de Mourad Bouziani, un baron de la drogue condamnĂ© Ă  vingt ans de prison, de l’hĂŽpital Ibn Rochd Ă  Casablanca oĂč il se rendait pour une consultation.

D’aprĂšs nos sources, peu nombreux et plutĂŽt calmes, les « pipoles » de la geĂŽle sont bien intĂ©grĂ©s. « Polis, Ă©duquĂ©s, ils respectent les convenances et inspirent confiance en raison de leur passĂ© prestigieux. C’est normal qu’ils bĂ©nĂ©ficient de plus d’égards qu’un grossier pickpocket ou qu’un sĂ©rial killer », se dĂ©fend un ancien maton Ă  la retraite qui rĂ©fute la thĂ©orie du pot-de-vin.

Abdellatif El Azizi


Prison Zaki : L’école du jihad

La gestion calamiteuse du dossier des salafistes a transformé le centre carcéral de Salé en poudriÚre.

La date : le 16 mai. Le lieu : la prison Zaki de SalĂ©. Les acteurs : une trentaine de dĂ©tenus salafistes qui se sont mutinĂ©s avant de prendre en otage des gardiens, menaçant de les tuer. Les missions de bons offices n’ayant pas eu de succĂšs, les forces de l’ordre ont lancĂ© des bombes lacrymogĂšnes et tirĂ© des balles en caoutchouc pour disperser les mutins, qui ont ripostĂ© Ă  coups de pierres et de barres de fer.

Le corps Ă  corps a durĂ© jusqu’à l’aube et fait plusieurs blessĂ©s graves de part et d’autre. Depuis, c’est la guerre des chiffres entre les salafistes qui parlent de 130 blessĂ©s et Hafid Benhachem qui traite ces dires de « mensonges » et avance le chiffre de « deux ou trois blessĂ©s, tout au plus » dans les rangs des islamistes.

Reda Benothman, coordinateur des associations de dĂ©fense des salafistes, a convoquĂ© une confĂ©rence de presse le mardi 24 mai pour expliquer que « ce sont les services qui ont crĂ©Ă© ces incidents pour empĂȘcher l’Etat de relaxer un autre groupe de salafistes dans le cadre de la rĂ©conciliation ».

La polĂ©mique qui enfle ne fait que jeter la lumiĂšre sur une grossiĂšre erreur de casting commise par les autoritĂ©s dans leur gestion calamiteuse du dossier salafiste. Il paraĂźt clair aujourd’hui que ces islamistes ont Ă©tĂ© victimes, pour la plupart, d’une justice d’abattage. Et le fait de les avoir parquĂ©s dans la prison de SalĂ© a crĂ©Ă© une sorte de territoire privilĂ©giĂ©, avec ses propres rĂšgles qui Ă©chappent Ă  celles de l’administration pĂ©nitentiaire.

L’Etat piĂ©gĂ© ?

Au moment oĂč les autoritĂ©s se sont rendu compte de leur bĂ©vue, elles ont bien tentĂ© de se rattraper en transfĂ©rant, Ă  plusieurs reprises, des leaders charismatiques, comme Abou Hafs, d’une prison Ă  l’autre. Elles les ont soumis Ă  un isolement drastique avec confiscation des tĂ©lĂ©phones portables (pourtant interdits en prison) pour les empĂȘcher de communiquer entre eux.

Un spĂ©cialiste du prĂȘche radical comme Zakaria Miloudi a connu toutes les prisons du Royaume, en raison de la facilitĂ© incroyable avec laquelle il arrivait Ă  s’entourer de disciples mallĂ©ables. « Contrairement Ă  ce que l’on pense, ce sont les voyous notoires et autres loubards invĂ©tĂ©rĂ©s qui sont le plus sensibles aux arguments des salafistes, qui non seulement leur proposent de sauver leur Ăąme mais s’occupent Ă©galement de leur prise en charge matĂ©rielle », explique le politologue SaĂŻd Lakhal.

Pourquoi l’Etat traĂźne-t-il des pieds pour solder le dossier des salafistes en prison ? Pour une raison trĂšs simple, les pouvoirs publics ont compris sur le tard le danger des rafles sans sommation, organisĂ©es Ă  l’époque par les Ă©quipes de Hamidou LaĂąnigri mais, aujourd’hui, tout ce beau monde – mĂȘme ceux qui n’avaient rien Ă  voir avec les jihadistes – s’est radicalisĂ© Ă  l’intĂ©rieur des prisons.

RelĂącher ces salafistes aigris par tant d’annĂ©es d’injustice serait hautement dangereux. Une source sĂ©curitaire prĂ©cise que les islamistes sont en compĂ©tition serrĂ©e avec les autoritĂ©s. « On pense qu’ils sont peu nombreux, parmi les plus durs, Ă  avoir abandonnĂ© leur idĂ©ologie radicale.

Ils sont trĂšs bien organisĂ©s et leur stratĂ©gie est d’une redoutable efficacitĂ© puisqu’ils recrutent Ă  l’intĂ©rieur des prisons, mĂȘme dans les rangs des dĂ©tenus de droit commun, et ils prennent en charge leurs camarades dĂšs qu’ils sont libĂ©rĂ©s. » Autrement dit, la prison est devenue une vĂ©ritable Ă©cole du jihad.

Abdellatif El Azizi

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Trois questions à


Assia El Ouadie, magistrat, membre de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus.

« Le plus grand défi est de changer les mentalités »

 

Dans la plupart des rapports concernant les prisons au Maroc, la rĂ©cidive fait partie des problĂšmes qui minent l’univers carcĂ©ral. Pourquoi le taux de rĂ©cidive est-il aussi Ă©levĂ© ?

Le taux de rĂ©cidive est Ă©levĂ© en raison de plusieurs facteurs dont le plus important est le recours systĂ©matique Ă  la garde Ă  vue, mĂȘme dans des cas oĂč les prĂ©venus ne constituent pas un danger majeur pour la communautĂ© et prĂ©sentent des garanties solides.

La seconde raison est consĂ©quente Ă  la longueur des procĂšs. Il y a ainsi nombre d’affaires oĂč les prĂ©venus sont reconnus innocents aprĂšs avoir passĂ© des mois, voire des annĂ©es derriĂšre les barreaux Ă  attendre l’issue du procĂšs.

 

Y a-t-il des propositions afin de limiter l’effet dĂ©socialisant de l’incarcĂ©ration, mais aussi de soustraire les condamnĂ©s aux contacts criminogĂšnes pouvant entraĂźner la rĂ©cidive ?

Tous les rapports rĂ©digĂ©s par le Conseil national des droits de l’homme insistent sur les mesures Ă  adopter d’urgence pour limiter la rĂ©cidive. Il s’agit Ă©videmment d’amener les juges Ă  ne pas recourir systĂ©matiquement Ă  la garde Ă  vue et Ă  mettre en place des sanctions autres que la mise derriĂšre les barreaux, comme cela est courant dans les pays dĂ©veloppĂ©s.

 

A votre niveau, quelles sont les difficultĂ©s que vous Ă©prouvez lors de l’accompagnement et l’insertion des personnes libĂ©rĂ©es ?

Le plus grand dĂ©fi est de changer les mentalitĂ©s. La sociĂ©tĂ© est trĂšs dure envers les personnes qui ont fait de la prison. On aide les dĂ©tenus Ă  se focaliser sur des activitĂ©s plus orientĂ©es vers l’insertion, pour prĂ©parer leur sortie. Avoir une activitĂ© professionnelle rĂ©pond Ă  cet objectif, sauf qu’une fois dehors, l’ancien dĂ©tenu est totalement rejetĂ© par le monde du travail comme il est rejetĂ© par la sociĂ©tĂ©.

Avec une bonne politique d’accompagnement et des mesures d’insertion efficaces, on peut ramener le taux de rĂ©cidive en matiĂšre criminelle Ă  moins de 3%, au lieu du chiffre effarant de 30% selon une Ă©tude rĂ©alisĂ©e par la fondation Mohammed VI pour l’insertion des dĂ©tenus. Pour lutter efficacement contre la rĂ©cidive, je pense qu’il faut prĂ©parer en amont la sortie des condamnĂ©s. Le gros problĂšme aujourd’hui, c’est la paupĂ©risation et l’isolement de la population carcĂ©rale. A la sortie, les gens sont souvent dans des situations dramatiques, la sociĂ©tĂ© est beaucoup moins tolĂ©rante et les familles ne sont pas toujours prĂȘtes Ă  prendre en charge l’un des leurs qui sort de prison.

Propos recueillis par A.E.A.

***

Drogue et prisons

Haschich Connection


Qui se rappelle encore de Mohamed El Ouazzani, dit « El Nene » ? Ce baron de la drogue notoire avait non seulement dĂ©frayĂ© la chronique en organisant plusieurs Ă©vasions spectaculaires mais, de plus, il continuait Ă  gĂ©rer son trafic mĂȘme derriĂšre les barreaux.

Personne ne sait oĂč se trouve aujourd’hui l’homme qui avait commencĂ© sa carriĂšre en s’évadant du cĂ©lĂšbre pĂ©nitencier de Victoria Kent de Madrid, en 2002, avant de se faire la belle de la prison de Oued Laou en 2005, et enfin de la redoutable prison centrale de KĂ©nitra en 2008.

Argent, protections haut placĂ©es et trafic de drogue : ce qui vaut Ă  l’extĂ©rieur vaut encore plus dans l’univers carcĂ©ral. A Oued Laou, TĂ©touan, Chefchaouen, Tanger, le quotidien de la prison est gĂ©rĂ© par le monde de la drogue. A Tanger, dans la prison de Sat village, ça se passe plutĂŽt bien. A quelque chose malheur est bon.

La prĂ©sence de 300 Ă©trangers, dont une bonne centaine de Français incarcĂ©rĂ©s pour des histoires de drogue, impose Ă  l’administration pĂ©nitentiaire un comportement normatif sĂ©vĂšre. Les visites des consuls, celles des sƓurs franciscaines du couvent de Martil, les reportages de la presse Ă©trangĂšre mettent constamment la prison sous le feu des projecteurs...

Mais c’est dans les autres prisons du Nord que la loi de la jungle fait rage. Elles sont tenues d’une main de fer par la mafia du haschich qui n’hĂ©site pas Ă  se dĂ©barrasser des directeurs ou des gardiens trop rigoureux. « Dans la prison civile de TĂ©touan, tout se nĂ©gocie au prix fort. Depuis la chute de barons tels que Nene, Chrif Binlouidane ou encore Rachid Temsamani, des seconds couteaux sont rĂ©guliĂšrement reçus comme des princes.

Ils font la loi et j’ai moi-mĂȘme Ă©tĂ© victime de l’un d’eux qui a obtenu mon transfert de TĂ©touan Ă  FĂšs, alors que mon Ă©pouse et mes enfants habitent Ă  deux pas de la prison », s’indigne A.M., un petit dealer de quartier. Il ajoute que ceux qui souffrent le plus, ce sont les junkies, prĂȘts Ă  tout pour une dose. Une armĂ©e de jeunes prisonniers en manque qui servent de dĂ©fouloir et de chair fraĂźche Ă  tous les pervers qui peuplent la prison.

A.E.A.

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N°124 : Le 20-FĂ©vrier s'essoufle...  mais le Maroc bouillonne
N°123 : Protectorat,   Cent ans sans solitude
N° 122 : Formation du gouvernement,  Ca coince et ca grince
N°121 : Portables, Internet, documents biomĂ©triques
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N° 120 : Sondage exclusif :  Benkirane, Monsieur 82%
N°119 : Pourquoi le Maroc ne sera pas   islamiste
N°118 : Mohammed VI versus al-Assad,   Au nom du pĂšre
N°117 : Gouvernement :   Cabinets ministĂ©riels, de l’ombre Ă  la lumiĂšre
N°116 : Plan social :  les sacrifiĂ©s de la RAM
N°115 : Coup d’Etat :   Skhirat, L’histoire du putsch revue et corrigĂ©e
N°114 : Politique fiction  Et le gagnant est ...
N°113 : Le dernier combat de   Mohamed Leftah
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N°110 : Bilan  Le code de la dĂ©route
N° 109 : L’ONDA  Grosses tensions et petites combines
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N° 106 : Interview 
N° 104/105 : Presse Ă©trangĂšre/Maroc Le grand malentendu  
N°103 : Le temps de l’amazigh  
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N°44 : Trafic sur les biens des Ă©trangers 
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N°34 : Maires Ceux qui bossent et ceux qui bullent
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N°32 : Sexe, alcool, haschich, jeux
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