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Ces FQIHS pour VIP 
Actuel n°66, samedi 23 octobre 2010
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Pouvoir, argent et amour : le fameux triptyque, qui assure la fortune des vendeurs de rêves, fait courir la haute bourgeoisie des affaires comme il fait saliver les huiles du monde politique. Au bonheur des sorciers.


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Durant l’été dernier, les salons casablancais ont fait leurs choux gras des mésaventures de ce magnat de la presse, victime de la tentative d’un de ses rédacteurs en chef de le marabouter pour le tenir à sa merci. Une histoire dévoilée par hasard au cours d’une descente de police au domicile d’un sorcier africain qui sévissait dans la capitale économique. Les policiers, qui ont saisi les photos du patron de presse et celle de son rédacteur en chef chez le magicien, ne savaient pas trop sur quoi ils étaient tombés. Jusqu’à ce que le journaliste, convoqué par les enquêteurs, avoue avoir payé le sorcier pour fabriquer un grigri censé ramener son patron à de meilleurs sentiments.

Le s’hour, incontournable élément de l’âme marocaine

Généralement, ce genre d’affaires ne dépasse jamais le perron des demeures luxueuses des grandes métropoles. Une fois n’est pas coutume, la victime et le coupable sont de mèche pour enterrer cette histoire de sorcellerie. Si l’ensorceleur n’a aucun intérêt à se voir pointer du doigt, voire à être traîné devant les tribunaux, l’ensorcelé a encore plus de raisons de ne pas être désigné comme le dindon de la farce.

Mais ce qui est sûr, c’est que ces pratiques représentent aujourd’hui un phénomène de société majeur au Maroc. Dans les villas cossues des beaux quartiers, l’incontournable élément de l’âme marocaine, le s’hour est, depuis quelques années, très prisé par les élites du cru. Et ses adeptes sont parfois de véritables stars de la politique, quand ce ne sont pas tout simplement des milliardaires, ayant pignon sur rue à Casablanca ou à Rabat, poussés par un désir avide de pouvoir. Tous les corps sociaux sont touchés à l’image de ce gradé qui se déplace toujours flanqué de ses deux fqihs attitrés… « Tout cela procède d’une réflexion sur notre propre identité. La magie nous a été apportée par nos concitoyens juifs, à travers une culture millénaire. A leur arrivée au Maroc – qui a coïncidé avec la chute de l’Andalousie –, les rabbins juifs ont enseigné à nos ancêtres une partie de leur savoir cabalistique. C’est grâce à ce savoir que la plupart des fqihs officient aujourd’hui », explique ce fqih soussi qui a pignon sur rue à Tiznit. Les pratiques de magie ne sont-elles pas dangereuses pour le mystère de la foi ? L’islam a beau condamner ces pratiques bannies par toutes les religions, la plupart des fqihs affirment travailler en conformité avec la sunna.

La magie blanche, axée sur la recherche du bonheur

Ils réfutent d’ailleurs énergiquement le qualificatif de sorciers et se proclament tous détenteurs de « baraka », sorte de don divin pour guérir ou régler les problèmes des gens. « C’est une lecture hâtive de non-initiés. Je pratique la magie blanche, axée sur la recherche du bonheur pour les gens : philtre d’amour, réconciliation entre deux êtres fâchés, guérison de l’impuissance, etc.», se défend notre fqih. Malgré ses aspects spectaculaires, cette tendance n’est pas évidente à quantifier. Difficile d’obtenir des statistiques sur la progression fulgurante des sorciers.

Mais ce qui est certain, c’est que ce phénomène donne des insomnies à la haute bourgeoisie qui ne sait sur quel pied danser en tendant une oreille attentive aux rumeurs : tel opérateur économique a décroché le contrat du siècle grâce à un bon talisman négocié quelques dizaines de milliers de dirhams ; le fils d’untel a été nommé à un poste important après avoir rendu visite à un fqih célèbre du Souss ; ou encore ce gradé est tombé en disgrâce parce qu’il avait été l’objet d’un sort. Sans oublier l’amitié de longue date des Chirac avec un célèbre fqih de Taroudant.

Comment vendre du rêve doublé d’espérance en un avenir meilleur ? Les solutions proposées sont proportionnelles à l’épaisseur du portefeuille. Au sein d’une élite marocaine gangrénée par les passe-droits et la peur de perdre ses privilèges, le recours à la sorcellerie est une alternative qui a l’avantage de l’anonymat. Somme toute, sur le plan du s’hour, notre « élite » n’a rien à envier au petit peuple.

Qu’est-ce qui fait courir les hommes politiques ?

A la seule différence près que cette classe aisée, qui y met le prix, tient à en avoir pour son argent. Charlatans s’abstenir ! Si le sorcier n’a pas pignon sur rue, il ne peut espérer se faire accompagner en limousine pour dîner dans les villas cossues de Casablanca ou encore se rendre en avion à Cannes où l’attend la maîtresse de maison pour un rituel censé lui garantir la fidélité de son milliardaire de mari pour l’éternité. C’est pour cela que les stars de l’occultisme se comptent sur les doigts de la main. Certains sont relativement connus du grand public, comme Haj Taïeb de Tafraout, et ils prétendent tous (contrairement aux voyants qui n’ont que des pouvoirs « d’interprétation ») posséder des pouvoirs « d’intervention » sur les hommes, les objets et les destinées. Qu’est-ce qui fait courir ces hommes politiques de premier plan, ces PDG qui ont pignon sur rue ou encore ces dames de la grande bourgeoisie ? Le fameux triptyque : pouvoir, argent et amour. « Je reçois parfois des personnalités qui me réclament des choses incroyables, innommables même », explique notre fqih de Tiznit qui se contente de faire l’inventaire des consultations les plus courues.

Chez les personnalités politiques, les talismans qui permettent de rester à son poste, les grigris qui préservent du mauvais œil et les « philtres d’amitié » qui attendrissent le cœur de la hiérarchie sont les plus prisés, ou encore le rituel qui fait un pied de nez « au mauvais œil».

Ecraser ses ennemis

Certains iront même jusqu’à se faire confectionner un anneau magique qui permet d’écraser les ennemis, qui donne autorité sur tous ceux qui se présentent sur leur chemin et qui force les portes fermées. Le seul hic, c’est que la fameuse « bague de Salomon »ne coûte pas moins de 100 000 dirhams et a besoin d’être constamment réactivée par des mises à jour périodiques – comme un logiciel de Microsoft ! –, ce qui nécessite une rallonge conséquente. D’après les sorciers consultés, « l’anneau magique », nec plus ultra de la magie locale, est très demandé par les émirs et autres magnats du Golfe. Dernièrement, l’un des émissaires d’un grand fqih du Sud a d’ailleurs fait la une des journaux saoudiens, après avoir été arrêté en flagrant délit à Jeddah. L’homme qui faisait des déplacements réguliers en Arabie saoudite est tombé dans un piège tendu par les Moutawaa, la police religieuse qui n’a pas hésité à prendre commande d’un anneau par le biais d’un faux émir saoudien pour attraper le sorcier la main dans le sac.

Suppléer aux pannes sexuelles

Viennent ensuite les demandes concernant le sexe, des concoctions pour suppléer aux pannes sexuelles, pour rallonger son membre ou pour séduire une belle femme inaccessible. Sur cet aspect, les demandes émanent autant des femmes que des hommes.

Parfois, il s’agit tout simplement de faire fléchir un parti trop indécis. Les salons rbatis se souviennent encore de l’histoire de ce beau garçon, milliardaire et dernier rejeton d’une grande lignée, convoité par deux familles à la fois. En effet, à l’époque, celles-ci avaient croisé le fer dans l’obscurité des cabinets de fqihs renommés avant que l’arrivée d’un rabbin, venu spécialement d’Israël, ne fasse pencher définitivement la balance d’un côté. L’homme est aujourd’hui marié, père de deux enfants, et il ne sait peut-être toujours pas qu’il a été l’objet d’une guerre sans merci.

Le phĂ©nomène est souvent contagieux. « Je n’ai jamais cru Ă  ces fadaises mais le jour oĂą j’ai pris possession de mon nouveau bureau, le chaouch m’a mis en garde contre les nombreux talismans dissimulĂ©s sous la moquette. J’ai alors Ă©tĂ© fortement troublĂ©. Mon prĂ©dĂ©cesseur Ă©tait un grand amateur d’occultisme », se dĂ©fend ce ministre du gouvernement. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il a fini par charger son chaouch de lui commander « un talisman de protection »  auprès d’un grand sorcier de SalĂ©. Ainsi, le boom de la sorcellerie est rĂ©vĂ©lateur de sa capacitĂ© d’adaptation au monde moderne.

Des clercs religieux qui ont viré de bord !

Alors que le ministère des Habous campe sur une ligne rationaliste et nie l’existence de l’occultisme, les « sorciers », véritable coqueluche de la haute bourgeoisie, se recrutent parmi les élèves des écoles coraniques ancestrales du Sud. Ainsi, des occultistes très connus sont d’anciens disciples du célèbre Haj Mohamed Lahbib. Son école de Tanalt a formé la crème des clercs religieux soussis… et certains ont viré de bord ! Les écoles coraniques traditionnelles, dont la préservation des valeurs religieuses, la lutte contre l’ignorance, l’analphabétisme et la formation des ouléma sont la principale raison d’être, ont été dévoyées par l’appât du gain. D’où le virage à 180 degrés de nombreux maîtres qui préfèrent aujourd’hui faire fortune dans l’occultisme plutôt que dans l’enseignement de la spiritualité.

La loi punit mollement ces pratiques

Fait étonnant, la sorcellerie désigne la pratique d’une certaine forme de magie dans laquelle le sorcier établit une communication avec des « êtres » de caractère démoniaque. Or l’islam proscrit toute forme de magie – dont la sorcellerie est la face obscure – et la loi punit, quoique mollement (voir encadré), ces pratiques. Mais les juges comme les policiers se cachent derrière la difficulté de traquer des hors-la-loi qui communiquent essentiellement avec « l’invisible ». Le phénomène n’est pas nouveau et il n’est pas propre au Royaume. En France, on compte 40 000 voyants et 30 000 sorciers et guérisseurs (1). Mitterrand avait sa voyante attitrée, Elisabeth Tessier, dont les atouts n’étaient pas seulement spirituels. Des hommes comme Bush ou Aznar consommaient aussi sans modération l’occultisme.

Mais ce qui caractérise la version locale, c’est le recours systématique par de nombreuses stars de la politique, du show-biz ou du monde des affaires à la sorcellerie. En psychologie, on explique cela par la prédominance de la pensée magique. De là à maintenir l’illusion qu’un contrôle absolu de la réalité est possible, c’est un pas que les sorciers n’hésitent pas à franchir allègrement.

Dossier réalisé par Abdellatif El Azizi

(1) in La sorcellerie en France de Dominique Camus, Ă©ditions Ouest France.

 Le top ten des talismans -

ENVOUTEMENT D’AMOUR
A partir de 5 000 dirhams

Avec le nom de l’élu inscrit à l’encre sur la poitrine et un rituel d’incantations pendant 21 jours, la personne la plus coriace finit par être hantée par votre image.

AUGMENTATION DU TONUS SEXUEL
A partir de 2 000 dirhams seulement

Avec cette recette, plus besoin de viagra. Les rituels (le plus souvent à base de testicules de taureau) sont nombreux mais l’objectif reste le même : devenir un étalon qui fait se pâmer ces dames.

ANNIHILATION RAPIDE DE LA VOLONTE D’UNE PERSONNE
Comptez 10 000 dirhams

Pour ce rituel, les sorciers se proposent de vous préparer une mixture à base de cervelle d’hyène ou encore du couscous trié avec la main d’un cadavre encore frais, de façon à ce que la semoule contienne une grande quantité de cadavérine, un liquide sirupeux à l’odeur fétide qui se forme lors de la décomposition putride des corps organiques. La victime ayant consommé ce mélange ragoûtant aura une volonté amoindrie et acceptera facilement les suggestions ou les demandes faites par la personne qui a commandé ce rituel.

EXORCISME
De 1 000 à 5 000 dirhams suivant la difficulté de l’exercice

De nombreux clients consultent pour se dĂ©barrasser de la « prĂ©sence » constante d’un djinn « soumis » par un sorcier pour empoisonner la vie d’une personne. Le fqih entame un « dialogue » avec l’être  invisible avant de le forcer Ă  disparaĂ®tre par le biais d’un talisman.

ANNEAU MAGIQUE
100 000 dirhams ou plus

Le must de la magie. Concocté dans des conditions difficiles qui exigent du sorcier plusieurs déplacements dans des endroits inaccessibles et des séances de jeûne répétées, cet espèce de sceau de Salomon permettrait à la personne qui le possède d’exercer un fort ascendant sur les autres. Il est particulièrement demandé par des personnalités au pouvoir (marocaines et étrangères, plus spécialement des magnats du Golfe), des sécuritaires et autres ministres.

TALISMAN DE SEDUCTION
A partir de 5 000 dirhams

Avec ce talisman, plus besoin d’être un as de la communication ; il suffit d’être en présence des gens pour qu’ils vous donnent le bon Dieu sans confession. Le « hijab al kouboul », qu’on peut traduire par « talisman de charme », n’est pas spécialement dirigé vers l’autre sexe et n’a pas de connotation libidineuse ; c’est une concoction magique qui vous permet d’être « accepté » là où vous allez.

PROVOQUER UNE APPARITION DESAGREABLE
A partir de 10 000 dirhams

Vous voulez faire déguerpir un locataire qui refuse de s’acquitter de son loyer ? Vous avez envie de punir votre patron qui vient de vous licencier ? Le sorcier se fera un plaisir de provoquer son réveil en sueur par une créature cauchemardesque.

CAUSER L’IMPUISSANCE D’UN TIERS
10 000 dirhams pour un homme, 20 000 dirhams pour annihiler la libido d’une femme

La vengeance, le dépit amoureux ou tout simplement la haine, tous les sorciers et fqihs consultés le reconnaissent : il s’agit là d’une demande récurrente qui émane autant d’hommes que de femmes. Les rituels sont très diversifiés mais on y retrouve des réminiscences de la cabale juive comme le fameux nouage d’un lacet noir autour d’un bâton qui sera jeté dans un cours d’eau.

PROVOQUER UNE RUPTURE ENTRE DEUX PERSONNES
10 000 dirhams

En amitié ou en affaires, la proximité de deux personnes est souvent mal vécue par un tiers qui n’hésitera pas à commander le fameux rituel qui transformera les deux amis en ennemis irréductibles. Le seul problème, c’est que le sorcier a besoin des cheveux ou des ongles des deux personnes pour pouvoir agir.

FAIRE S’ECROULER UN BATIMENT
100 000 dirhams ou plus

Cette opération nécessite des moyens conséquents puisqu’il faut, entre autres, disposer d’un cylindre d’argent pur de près d’un kilo – qui servira à tracer un cercle autour du bâtiment à détruire –, jeûner deux jours et utiliser des incantations spéciales ordonnées par une grosse pointure juive de l’occultisme...


« On ne gouverne pas un pays avec des grigris Â»

Le docteur Aboubakr Harakat, psychologue clinicien et psychothérapeute, est amené, de par son métier, à côtoyer l’irrationnel régulièrement.

***

Pour ce spécialiste, qui est aussi sexologue, les adeptes des fqihs ont d’abord un problème de confiance en eux-mêmes. Il dénonce l’amalgame fait par les sorciers avec la religion.

Que pensez-vous des hommes politiques et des dirigeants qui s’adonnent Ă  la sorcellerie pour asseoir leur pouvoir ?

ABOUBAKR HARAKAT : C’est triste ! Cela dénote du niveau de nos hommes politiques. Quel que soit le niveau intellectuel, le diplôme ne fait pas l’homme quand on reste ancré dans la superstition. On ne gouverne pas un pays avec des grigris. On ne pourra jamais mettre en place une tradition démocratique de cette manière parce que ce n’est plus la réalisation de promesses électorales qui est en cause mais la croyance dans les dons d’un fqih. On ne peut pas se permettre d’avoir un Raspoutine qui se profile derrière chaque dirigeant.

Les rituels païens font partie de notre société depuis longtemps…

Le culte des saints et des marabouts existe depuis la nuit des temps. Avant le protectorat, les caïds avaient leur fqih attitré. Il n’y a que le règne de Moulay Slimane qui a été plutôt rigoriste. C’était l’époque d’Averroès. Aujourd’hui, nous baignons toujours dans la superstition. Mais à notre décharge, le phénomène fait des ravages aussi ailleurs.

On peut expliquer cela par un manque d’assurance ?

Il s’agit en général de personnes qui n’ont pas confiance en elles. Elles vivent dans la crainte des autres. L’irrationnel devient alors pour elles un soutien psychologique fort.

Dans votre pratique quotidienne, vous rencontrez souvent l’irrationnel ?

Un dirigeant d’une importante entreprise marocaine est venu me voir pour un problème érectile et m’a avoué que, par la même occasion, il avait envoyé un billet d’avion à un fqih d’Agadir. Ce monsieur avait un problème neurologique et le fqih ne pouvait rien pour lui, mais il y croyait dur comme fer. Nous sommes formatés dans la pensée irrationnelle. Quelqu’un qui a grandi dans les cultes en reste fortement imprégné. Beaucoup d’hommes politiques sont nés dans ces milieux où le culte des marabouts est omniprésent. Même ceux qui ont fait la mission française ou des études supérieures à l’étranger préfèrent projeter leurs déboires sur une force occulte.

Pour des histoires de pouvoir ?

La lutte pour le pouvoir corrompt la personnalité. On s’y attache par n’importe quel moyen, même par un pacte avec le diable.

Au final, cette histoire de croyance en l’irrationnel ne serait que l’hĂ©ritage d’un inconscient collectif ?

Dans la pratique musulmane, on se réfère à un verset du Coran qui parle de sorcellerie en reconnaissant son existence et celle d’esprits maléfiques.

Pourtant, pour les fqihs, il n’y a pas de contradiction entre islam et sorcellerie…

Oui, et c’est comme cela que l’on aliène les gens. En profitant de leur vulnérabilité ou de leur détresse psychologique. Les fqihs leur demandent d’avoir la « niya », et la « niya », c’est la foi. On commence par faire des amalgames et on sombre rapidement dans l’occultisme.

Propos recueillis par Bahaa Trabelsi


Entretien avec Mohamed, célèbre fqih de Casablanca.

« Ce n’est pas un mĂ©tier, c’est un don Â»

Il travaille avec les djinns mais proclame sa foi de musulman et revendique une déontologie proche de celle des psys. Rencontre avec un « expert » de l’invisible. Mohamed ne consulte pas chez lui. Certains de ses clients lui envoient leur chauffeur, d’autres viennent le chercher. Avec sa démarche dynamique de citadin casablancais, l’homme ressemble à monsieur Tout-le-Monde. En pantalon et chemise au goût du jour, il gère ses rendez-vous à l’aide d’un portable dernier cri.

Qui sont vos clients ?

Mohamed : Des femmes et des hommes de la haute bourgeoisie ; mais ils ne consultent pas pour les mêmes raisons. Les femmes pour des histoires de passion et de jalousie alors que les hommes viennent me voir essentiellement pour le pouvoir et l’argent. Parmi mes clients, il y a des hommes d’affaires, des dirigeants et même des gens de Rabat.

Vous voulez dire des ministres, des membres du gouvernement, des dĂ©putĂ©s ?

Je n’ai pas le droit de vous parler de ça. Vous savez, nous sommes comme les médecins ou les psychologues : la confidentialité fait partie de notre travail. Les gens nous confient leurs problèmes, ils ont confiance en nous et nous devons les protéger.

Quels problèmes ont les dirigeants ?

Assoir leur pouvoir, maîtriser certaines situations, parfois mater des subordonnés ou amadouer des partenaires.

Et quels sont les remèdes pour ces choses ?

Il y en a beaucoup vous savez (rires). Moi, je travaille essentiellement avec les jouad (les djinns). Dans le monde des djinns, il y a aussi des hiérarchies, certains sont plus puissants que d’autres. Et pour travailler avec eux, il faut leur offrir des contreparties, des dbiha (sacrifices), liyali aïssaouiates ou hmadcha (soirées de transe).

Et ce n’est pas interdit par la religion de pratiquer ces rites que l’on dit sataniques ?

Bien sur que non, les djinns sont eux aussi croyants et musulmans. Ils font le ramadan et prient. Je travaille avec eux dans le respect de Dieu, de son Prophète et du Coran. Pour tout travail, il y a rémunération. Leur rémunération est le sacrifice, c’est lahlaoua.

Mais on entend dire que pour le s’hour, il y a toujours un pacte avec le diable...

Non, c’est une idée reçue. Certes, il y a les charlatans, ceux qui travaillent avec le feu et les mauvais génies. Mais moi je fais du travail propre. Je me rends régulièrement aux mausolées de Moulay Ali Cherif et Cheikh El Kamel à Meknès et je donne aux jouad « ce qu’ils veulent ». Mes clients sont d’ailleurs contents de mes services. Il y en a que je connais depuis vingt ans.

Comment en ĂŞtes-vous arrivĂ© Ă  exercer ce mĂ©tier ?

Ce n’est pas un métier, c’est un don ! Et qui n’est pas facile. Il a fallu que je passe par des étapes et des rites pour arriver à avoir de bons résultats. J’ai même connu une période de réclusion où je ne devais voir personne ni parler et au cours de laquelle je devais jeûner.

Vous parlez aux djinns ?

Il y a différentes manières d’entrer en contact avec eux. Ils peuvent s’exprimer à travers la bouche de quelqu’un d’autre, avec des signes, dans les rêves. Et il y a ceux à qui ils parlent directement, comme moi.

En quoi consistent vos interventions ?

Ce n’est pas moi qui décide vous savez. Ce sont les djinns. Je commence par faire el khatte (une voyance). C’est une science numérologique. Et là, apparaissent les voies à emprunter. Chaque cas est particulier.

En islam, ne suffit-il pas d’accepter son destin ? Pourquoi le forcer ?

En islam, dans le Coran, il est dit : « Aide toi et Dieu t’aidera. » Nous avons des traditions très anciennes dans ce domaine. Certaines familles ont des héritages qu’elles doivent assumer au risque de tout perdre. On ne joue pas avec l’irrationnel. Les liyali et les dbiha font partie de notre culture et de nos rites.

Propos recueillis par Bahaa Trabelsi

 

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Stars de l’occultisme

On raconte qu’au Maroc, à chaque foyer correspond un fqih, sorcier, occultiste, voyant ou encore magicien… Dans ce beau monde, beaucoup de charlatans et peu de sorciers qui maîtrisent réellement l’occulte. C’est pourquoi les consultations comme celle de Haj Mohamed Soussi, dont le grand-père a hérité des juifs installés dans le Souss son savoir occulte, sont aussi coûteuses.

Quant à Haj Taïeb, le patron de l’école coranique de Tafraout qui sillonne le Moyen-Orient dans un jet privé mis à sa disposition par ses clients fortunés du Golfe, il baisse parfois ses prix pour des consultants moins aisés. Il reçoit dans une maison du quartier Afriquia de Casablanca où, deux fois par semaine, se pressent des centaines de personnes. On peut citer aussi Haj Lhoucine Roudani dont la grande bourgeoisie s’arrache les services. Sans oublier le fameux sorcier qui se fait appeler l’« Egyptien » de Rabat.

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Que dit la loi ?

Au Maroc, on ne pend pas les sorciers et la sorcellerie est punie comme une quelconque contravention. Sauf que les textes n’ayant pas été revus depuis l’indépendance, les amendes ne dépassent pas les 10 à 120 dirhams selon les articles 609 et 610 du code pénal. Dans le cas où une personne décède après avoir avalé une substance prescrite par un sorcier, le législateur considère qu’il s’agit là d’un homicide volontaire. Encore faudrait-il prouver un lien de cause à effet pratiquement impossible à détecter. Ce qui explique que les familles des victimes sont souvent déboutées par la justice. Et cela dans les rares cas où elles portent plainte.

Plus encore que les secrets d’alcôve, les histoires de sorcellerie qui secouent les familles sont souvent tues par peur du scandale. Résultat, les mixtures ingurgitées d’une façon ou d’une autre sont la cause de brûlures d’estomac, vomissements permanents, plaies suppurantes, chute de cheveux, stérilité, impuissance, pleurésie, insuffisances rénales…

Les dernières études du Centre national antipoison ont d’ailleurs révélé que les toxiques les plus mortels au Maroc sont les produits de la pharmacopée traditionnelle (17 %), suivis des pesticides (3,5 %), des piqûres de scorpion (1,3 %), des médicaments (1 %) et du monoxyde de carbone (0,8%). Dans le jargon des spécialistes, la pharmacopée traditionnelle désigne essentiellement les concoctions préparées par les sorciers et autres fqihs visant à mettre fin à la stérilité d’un couple, à annihiler la volonté d’une personne ou encore à tuer à petit feu un ennemi potentiel.

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N° 96 : L’horreur carcĂ©rale 
N° 95 : Enseignement privĂ© : Le piège  
Actuel n°94 : Moi, Adil, 25 ans, marchand de chaussures et terroriste  
N°93 : Ces cliniques qui nous ruinent 
Actuel n°92 : Â«â€‰Nos attentes sont plus grandes que le 20-FĂ©vrier »  
Actuel n°92 : Trois jeunesses 
Actuel n°92 : Attentat : Le jeudi noir de la ville ocre  
Actuel n°92 : RĂ©volutions et attentats Sale temps pour Zenagui 
Actuel n°92 : Mais que veulent les jeunes ? 
Actuel n°92 : Il n’y pas que le 20-FĂ©vrier…  
Actuel n°92 : Qui cherche Ă  dĂ©stabiliser le pays ?  
Actuel n°91 : Le grand nettoyage 
Actuel n°90 : Le retour des adlistes 
Actuel n°89 : Ruby : sexe, mensonges et vidĂ©o 
Actuel n°88 : ImpĂ´ts : Halte Ă  la fraude 
Actuel n°87 : Hassan II TV c’est fini 
Actuel n°86 : Marine Le Pen : L’islam, les Arabes et moi 
Actuel n°85 : Vive le Maroc libre 
Actuel n°84 : Rumeurs, intox : Ă  qui profite le crime ? 
Actuel n°83 : ET MAINTENANT ? Une marche pour la dĂ©mocratie
Actuel n°81 : Sale temps pour les tyrans 
Actuel N°72 : Aquablanca : La faillite d’un système  
Actuel n°69-70 : Benguerir sur les traces de Settat 
Actuel n°68 : Art, sexe et religion : le spectre de la censure 
Actuel n°67 : Dans les entrailles de Derb Ghallef 
Actuel n°66 : Ces FQIHS pour VIP 
Actuel n°65 : RNI, le grand politic show 
Actuel n°64 : Bourse de Casablanca, des raisons d’espĂ©rer 
Actuel n°63 : Ex-ministres :  y a-t-il une vie après le pouvoir ?
Actuel n°62 : Le code de la route expliquĂ© par Ghellab
Actuel n°61 : La vie sexuelle des Saoudiennes… racontĂ©e par une Marocaine
Actuel n°60 : Chikhates, shit et chicha 
N°59 : Eric Gerets, la fin du suspense ?
N°58 : Onze ans, onze projets 
N°57 : Raid sur le kif 
N°56 : Sea, Sun & Ramadan 
N°55 : Casablanca, mais qui est responsable de cette pagaille ?
N°54 : Ces ex-gauchistes qui nous gouvernent 
N°53 : Au cĹ“ur de la prostitution marocaine en Espagne 
N°52 : DiplĂ´mĂ©s chĂ´meurs : le gouvernement pris au piège
N°51 : 2M : Succès public, fiasco critique
N°50 : L’amĂ©rique et nous 
N°49 : Crise, le Maroc en danger ?
N°48 : Les 30 Rbatis qui comptent 
N°47 : Pourquoi El Fassi doit partir 
N°46 : Chirurgie esthĂ©tique :  plus belle, tu meurs
N°45 : McKinsey dans la ligne de mire  
N°44 : Trafic sur les biens des Ă©trangers 
N°43 : Avec les Ă©vadĂ©s de Tindouf 
N°42 : GCM / Tamesna : Un scandale en bĂ©ton !
N°41 : ONA - SNI: Ils ont osĂ©
N°40 : Enseignement: Missions Ă  tout prix
N°39 : Le Maroc, terre d'accueil des espions 
N°38 : Bleu Blanc Beurk 
N°37 : Boutchichis Les francs-maçons du Maroc
N°36 : Hamid Chabat rĂ©veille les vieux dĂ©mons
N°35 : Vies brisĂ©es 
N°34 : Maires Ceux qui bossent et ceux qui bullent
N°33 : Botola Combien gagnent nos joueurs
N°32 : Sexe, alcool, haschich, jeux… Les 7 vices des Marocains
N°31 : Tanger Le dossier noir des inondations
 
 
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