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Cannabis :  Une lĂ©galisation qui rapporterait 20 milliards...
actuel n°168, mardi 20 novembre 2012
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2022. Le Maroc a lĂ©galisĂ© depuis six ans  la production et la consommation de cannabis.  Et profite d’une manne fiscale non nĂ©gligeable provenant de cette libĂ©ralisation.


 

Le soleil se lève sur Boulizem, un douar perdu au fin fond du Rif. Dietrich et Ulrike, un couple de bobos berlinois, se réveillent avec le chant du coq. Hier soir, chez la famille de kificulteurs du gîte de L’Herbe verte, ils ont dégusté un poulet succulent nourri au bon grain de cannabis. Ce soir, ils dormiront à l’auberge Peshawar à Kétama. C’est leur troisième jour du circuit « Sur la route du kif », un parcours de tourisme équitable qui fait fureur en Europe depuis la légalisation de 2016. Les Berlinois bourlingueurs ont commencé leurs vacances à Chaouen où ils se sont délestés de quelques centaines d’euros au cannashop, un concept store qui vend toute la production de chanvre made in Morocco : chaussettes, blousons, sacs en toile, babouches, tee-shirts ethniques, tapis, compléments alimentaires, shampoings et bains moussants : autant de cadeaux ethniques qui feront plaisir à leurs amis branchés du bord de la Spree.

Après le petit déjeuner, ils embarquent dans la berline de leur chauffeur. Il y a dix ans, en 2012, il fallait subir une heure de mauvaises pistes pour accéder à Bouzilem et ils auraient dû louer un 4x4. Mais depuis la légalisation, les 20 milliards de revenus annuels de la TCK, la taxe sur la consommation du kif, ont été réaffectés en priorité dans le programme de désenclavement de la région. En deux ans, on a couvert le Rif de routes, d’écoles et d’hôpitaux. Dans la foulée, les élus locaux ont obtenu la construction du TGV Tanger-Oujda que Dietrich et Ulrike emprunteront le dernier jour pour revenir, en une heure trente, dans la ville du détroit afin de prendre leur avion. Une année de revenus du kif a suffi à financer 80% du projet...

 

Les treks les plus courus

Vers neuf heures du matin, les deux Allemands quittent leur BMW de location pour une randonnée balisée dans les champs de cannabis. Depuis les croisements opérés sur les variétés locales avec les plants pakistanais, les tiges grimpent à plus de deux mètres. Et parcourir ces paysages accidentés, d’un vert soutenu, est devenu l’un des treks les plus courus chez les randonneurs européens. A midi, après trois heures de marche le long d’un sentier de grande randonnée ponctué de panneaux explicatifs sur l’histoire du kif, Dietrich et Ulrike rejoignent la voiture pour un déjeuner à Bab Berred. Dans la ville aujourd’hui rénovée, ils achètent quelques sticks au cannashop du coin, Luckif Strike bio pour monsieur, Ztla light pour madame. D’un commun accord, ils décident de ne pas en fumer plus d’une après le repas. Ce soir, ils doivent rester lucides. Le couple d’hédonistes s’est inscrit à un atelier cuisine à Kétama pour apprendre à préparer le maâjoun... Ils pourront rapporter deux ou trois pots pour leur consommation personnelle à Berlin. Comme presque toute l’Europe, l’Allemagne avait entériné la légalisation du cannabis avant la fin des années 2010...

 

LĂ©galisation en cascade

Tout a commencé en 2012 par un référendum aux Etats-Unis. Le Colorado a légalisé l’usage « récréatif » de la marijuana. Dans la foulée, un vent de libéralisation a soufflé sur toute l’Amérique. L’Urugay puis le Mexique ont été les premiers Etats légalisateurs. Mais c’est l’exemple bolivien qui a influencé le Maroc. Prétextant une culture ancestrale de production et de masticage de la feuille de coca, le président Evo Morales a réussi à convaincre l’ONU de retirer cette substance de la liste des stupéfiants interdits par les Nations unies. C’est ce précédent qui a inspiré le Royaume. Le nouveau gouvernement a entamé les mêmes démarches auprès de l’ONU, trois ans plus tard, tout en décidant unilatéralement d’autoriser la production de chanvre à visées médicales et industrielles.

Entre-temps, le monde a changé. Après le référendum danois de 2013, quelques cantons suisses et la Catalogne, c’est l’Allemagne qui a légalisé le commerce du cannabis. Puis la France a nationalisé toute la filière, engrangeant ainsi un milliard d’euros de recettes fiscales bienvenues dans un pays exsangue. Après avoir menacé le Maroc de lui retirer son statut avancé en cas de légalisation, l’Europe, qui mettait fin à des décennies de prohibition, a été à son tour contrainte d’approuver la relégalisation du kif...

Improbable cette fiction ? Certes. Mais pas totalement impossible. Oui, le Maroc pourrait lĂ©galiser ce qui reste sa principale ressource naturelle avec les phosphates. Et cela pourrait rapporter très gros. Pas moins de 20 milliards de dirhams par an selon nos estimations (voir encadrĂ© ci-dessous). Soit  autant que les taxes sur le tabac et le pĂ©trole rĂ©unis !

 

Une réalité économique

Bien sûr, cela poserait des contraintes de taille, évoquées par Driss Ben Ali (voir page 23) : comment réguler le trafic ? Qui taxer ? Quelle sera la réaction de l’UE ? Sans compter le problème moral. Pourtant, l’or vert du Maroc est déjà une réalité économique... qui rapporte surtout aux mafias européennes et aux barons locaux, mais peu aux régions productrices et pas du tout à l’Etat. Les pays occidentaux qui font la morale et qui exportent leur alcool – dont les ravages sont au moins comparables à ceux du cannabis –, sur tous les continents, sont-ils les mieux placés pour nous donner des leçons ?

Il y a aujourd’hui un vĂ©ritable mouvement en faveur de la libĂ©ralisation qui touche d’abord des nations du Sud, en AmĂ©rique latine, et qui, pour la première fois, impacte le Nord avec le rĂ©fĂ©rendum du Colorado. Il y a un dĂ©bat en France oĂą mĂŞme le ministre de l’Education s’est prononcĂ© pour une dĂ©nĂ©pĂ©nalisation dĂ©jĂ  effective dans plusieurs pays de l’Union europĂ©enne.  En fait, ce dĂ©bat est mondial : le Royaume peut-il vraiment en faire l’économie ?

Noureddine Mediane, président du groupe de l’Istiqlal à la chambre des conseillers, et Tarik Kabbaj, député-maire USFP d’Agadir, ont été les premiers à en poser les bases récemment au Parlement. Avant eux, aussi bien Fouad Ali El Himma, devenu depuis conseiller royal, que Hamid Chabat, nouveau chef du parti de l’Istiqlal, s’étaient prononcés pour un assouplissement de la loi. La question de la légalisation est moins taboue et traverse aujourd’hui tous les partis, Même le PJD – par les voix de Lahcen Daoudi ou de Aziz Rebbah (avant qu’ils ne soient ministres) – n’excluait pas un usage scientifique ou médical.

 

DĂ©fendre les cultivateurs

C’est la voie préconisée par Chakib El Khayari. Le militant de Nador, fondateur du collectif marocain pour l’usage médical et industriel du cannabis, estime que « C’est la seule solution, pour le moment, qui nous permette de défendre les cultivateurs qui sont entre les mains des trafiquants. Depuis un rapport de l’organisation mondiale du contrôle des drogues de 2005, nous savons que tous les essais de créer des cultures alternatives au cannabis ont échoué. Nous, nous préconisons de créer une économie alternative à base de cannabis. » Fabriquer des vêtements, des sacs, des engrais, des cosmétiques ou des médicaments à base de la seule culture rentable dans le Rif et l’Oriental pourrait dans un premier temps faire l’objet d’un consensus national.

Cette première étape pourra aussi générer des revenus pour l’Etat sous forme de TVA. Mais là n’est pas l’essentiel, comme le souligne Chakib El Khayari. Quand 17 000 personnes sont en prison, que plus de 40 000 sont recherchées, alors que plus d’un million de Marocains vivent du cannabis, il y a urgence à trouver un moyen de substitution à cette prohibition moralement hypocrite et socialement dévastatrice. Oui, le Maroc qui produit 40% du haschish mondial et fournit 80% de la consommation européenne doit avancer vers la voie de la légalisation. Et maintenant, faites tourner.

Eric Le Braz

Comment trouver 20 milliards de dirhams ?


Les agriculteurs ne payent pas (encore) d’impôts au Maroc. Mais ils pourraient s’en acquitter dès 2014 et il s’agira d’impôts sur le revenu. Ce n’est pourtant pas ces faibles ponctions qui provoqueront un afflux de recettes pour le fisc marocain. C’est la transformation de leur production. Tout un circuit de distribution est encore à inventer. Mais plutôt que d’entrer dans les détails, nous avons privilégié, en accord avec le professeur Najib Akesbi, l’idée d’une taxe globale qui toucherait la vente de poudre de cannabis comparable à celle existante actuellement sur les cigarettes, soit 65%. Sur 100 kilos de cannabis brut en plantes, on peut extraire environ deux kilos de poudre supérieure (qui est vendue par l’agriculteur autour de 10 000 DH le kilo, soit 20 000 DH) et 4 kilos de moins bonne qualité écoulée à 1 500 DH (soit 6 000 DH). Donc, pour 100 kilos de plantes, on parvient à 26 000 DH.

 

Production de 110 000 tonnes

Il ne reste plus qu’à connaître le total de la production pour estimer le montant global du kif marocain. C’est la phase la plus délicate. Un chiffre circule depuis 2004 : 47 000 tonnes de cannabis brut. Or, de l’eau a coulé dans les circuits d’irrigation depuis cette date et les surfaces cultivées ont plus que doublé. Si la politique d’éradication a pu réduire un temps la zone de production, depuis 2010 la culture du kif s’est plus que confortée dans ses bastions historiques de Bab Berred et Ketama, et s’étend désormais à de nombreuses zones qui étaient encore vierges il y a peu, comme la région de Ouazzane, Larache et Tétouan. Par ailleurs, les techniques d’irrigation, l’utilisation d’engrais et les croisements avec des plants pakistanais ont considérablement accru la productivité à l’hectare. En accord avec Abdellah Eljout, fin connaisseur de la zone et de la problématique, on peut donc estimer que la production actuelle de cannabis brut atteint 110 000 tonnes. Divisez ce total par 100 kilos, notre unité de mesure, et multipliez par 26 000 DH... et vous parvenez à un total de 28,6 milliards de dirhams. Taxé à 65 % comme le tabac, le cannabis pourrait rapporter 18, 5 milliards de dirhams. A ce total, il faudrait ajouter les économies réalisées dans la lutte contre le trafic et les frais d’emprisonnement, montant que Abdellah Eljout estime à deux milliards d’économies. On arrive alors à 20 milliards de dirhams. Au moins.

 

Un million de « cannatouristes »

On se limitera Ă  ce chiffre, auquel il faudrait pourtant ajouter les rentrĂ©es de devises fournies par les touristes sĂ©duits par la route du kif. Un Ă©lĂ©ment de comparaison ? On estime, sur les sept millions de touristes qui visitent Amsterdam chaque annĂ©e, qu’un million et demi achèterait du cannabis. Une vision 2022 avec un million de « canna-touristes » ne paraĂ®t pas hors de portĂ©e. Les taxes hĂ´telières et de restauration qu’ils gĂ©nĂ©reraient, en plus de leur consommation, avec un panier moyen de 5 500 dirhams, pourraient rapporter un milliards de taxes supplĂ©mentaires. Sans compter les rentrĂ©es de devises Ă  l’exportation pour les produits industriels et pharmaceutiques du chanvre made in Morocco...  Mais arrĂŞtons-nous lĂ . Et retenons simplement les 18 milliards annuels de recettes fiscales supplĂ©mentaires. Et les deux milliards d’économies. La lĂ©galisation du kif pourrait bien fournir 10% de rentrĂ©es supplĂ©mentaires pour l’Etat dont les recettes fiscales pour 2011 sont de 183 milliards de dirhams.

E.L.B.


InterviewAbdallah Eljout « Il faut relégaliser le cannabis !»

Pour cet Ă©lu local et militant associatif, la prohibition est un Ă©chec total.

 

actuel : Comment a évolué la situation ces dernières années dans le Nord ?

Abdallah Eljout : Dans certaines zones, on a vu un net changement de logique, comme Ă  Ouazzane, ou Larache. Souvent dans les plaines de ces provinces, l’exploitant agricole a remplacĂ© le paysan modeste traditionnel, et la production de masse a remplacĂ© la culture vivrière. Ce nouvel arrivant loue des terres, souvent aux Habous, utilise les moyens de production moderne : tracteurs, engrais, pesticides, sytèmes d’irrigation modernes, et des salariĂ©s expĂ©rimentĂ©s. Ces exploitants ont, très souvent, les moyens d’écouler leur propre marchandise, une manière de maĂ®triser toute la chaĂ®ne. Cependant, il est important de mentionner que, partout dans le Nord, il y a eu une nette amĂ©lioration de la production Ă  l’hectare, grâce Ă  l’irrigation par le creusement des puits,  en plus de l’utilisation des engrais, et parfois aussi par l’introduction de nouvelles variĂ©tĂ©s de plantes, en plus de l’expĂ©rience accumulĂ©e par les paysans.

La situation du paysan ne s’est pas pour autant améliorée, en grande partie à cause de la corruption, et du manque de parcelles exploitables. Par ailleurs, on a assisté à une lente notabilisation du trafiquant, par conséquent, son influence accrue dans le système politique local et la vie sociale en général ; un danger qui reste insuffisamment perçu par les pouvoirs publics. La politique de lutte contre le cannabis est simplement un échec total, et donc l’approche choisie n’est pas la bonne, et ce malgré les chiffres officiels avancés. Il est donc temps de procéder autrement, et de voir l’évolution des législations dans le monde. Il n’est pas normal qu’on risque actuellement six mois de prison pour un pétard dans le Rif, alors que le même cannabis marocain est vendu à Amsterdam en toute liberté !

 

Quel serait le modèle d’une légalisation à la marocaine ?

Pour le Maroc, il faut parler plus de relĂ©galiser, car le kif a Ă©tĂ© lĂ©gal pendant longtemps. Pour rĂ©ussir cet ambitieux projet,  il faut mettre en place quelques idĂ©es :

• Installer un système informatique de contrôle et de traçabilité, et instaurer une appellation d’origine contrôlée du cannabis en fonction des zones de récolte ;

• Lancer des expériences pilotes, des licences, des points de vente ;

• Faciliter l’implantation des auberges et le tourisme chez l’habitant, reboiser certaines zones et créer des circuits touristiques ;

• Encourager la recherche médicale sur le produit en réservant une surface à cette activité de recherche ;

• Mettre en place un observatoire national dĂ©diĂ© au kif et ses dĂ©rivĂ©s, et un institut de formation, en s’inspirant de l’exemple  de la Californie, car il y a lĂ -bas une universitĂ© dĂ©diĂ©e aux mĂ©tiers  du cannabis ;

• Encourager la création des produits dérivés du cannabis comme des produits de terroir à forte valeur ajoutée et lancer une ligne de produits de cadeaux accessibles dans les grandes surfaces ;

• Instaurer des règles plus strictes pour assainir le système politique local, et replacer le paysan au cœur du système.

 

Y a-t-il vraiment débat au Maroc sur ces thèmes ?

Même au sein des conseils municipaux dans la région du Rif, on ne peut pas parler du sujet qui est pourtant d’une importance capitale pour le citoyen local. Au Parlement, M. Madiane avait fait une bonne présentation sur la question, mais beaucoup de députés n’ont pas la capacité de le comprendre. Je reste prudent concernant ce sujet, dans le contexte actuel, car à l’occasion de chaque élection, beaucoup de partis politiques font de la surenchère électorale sur le sujet ; et malheureusement, lors des événements de Bab Berred en avril 2010, nous nous sommes retrouvés seuls, bien seuls, car nous n’avons vu venir personne pour nous parler, à défaut de nous soutenir.

Propos recueillis par E.L.B.

PrĂ©cision :Cannabis en supermarché : oui mais seulement en photo !

Dans l’interview ci-dessus, une phrase peut prêter à confusion lorsque Abdallah Eljout propose de lancer « une ligne de cadeaux accessibles en grandes surface ». Il s’agit de tee-shirts, tableaux, tasses avec des photos de la plante comme on en trouve en Europe. Cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant...


Légalisation : le débat des économistes

 

POUR

Najib Akesbi  « Le kif rapporte quatre fois plus que n’importe quelle production »

 

Le secteur agricole, aujourd’hui non imposable, devrait être fiscalisé à partir de 2014. Quel effet cela aurait-il sur l’économie si les agriculteurs du kif venaient eux-aussi à payer leurs impôts ?

Ceux-ci travaillent aujourd’hui dans l’informel, si on se place en situation où le secteur serait en effet fiscalisé en 2014, il faudrait tout simplement appliquer le régime de l’impôt sur le revenu. A partir du moment où la production serait valorisée, l’IR serait appliqué à tout paysan qui gagne au moins 30 000 DH par mois. Ce dernier devrait donc payer un impôt d’un taux débutant à 10% et pouvant atteindre les 40%, selon son revenu. Cela pourrait être donc très lucratif pour le Maroc, lorsque l’on sait que les terres de culture du kif s’étalent sur plus de 134 000 hectares.

 

Sur la base de cette même hypothèse, le kif pourrait-il être soumis à la TVA ?

Tout produit agricole est hors-champ de la TVA, mais seulement à l’état frais. Mais si le produit frais subit la moindre transformation, il peut y être soumis. La feuille de kif n’est pas soumise à TVA, mais la poudre qui en est extirpée si. On pourrait, d’autre part, imaginer des taxes particulières sur le kif si on aligne sa taxation sur celle du tabac, ce qui encore une fois rapporterait gros.

 

La valeur du kif resterait-elle la même si celui-ci était légalisé ?

Quelle que soit la valeur d’un produit, disons, illégal, celle-ci ne peut forcément plus être la même après dépénalisation. Elle devrait donc forcément baisser si le produit est autorisé. Elle serait privée de la surenchère due à son interdiction du fait qu’elle ne serait plus un délit. Et puis, il y a l’offre et la demande. Sans aucun doute, cela conduirait à une augmentation automatique des surfaces de culture, une production abondante fera baisser les prix, même si cela ne peut s’opérer qu’à l’échelle saisonnière.

 

Il y a quelque temps, la question de la légalisation du kif s’est invitée au Parlement. Un député usfpiste, Tarik Kabbaj, a même suggéré l’inclusion de la culture de cette plante dans le Plan Maroc vert…

Cette question ne cesse d’alimenter un débat houleux, et ce, depuis une dizaine d’années. Que l’on aborde le sujet au Parlement est déjà un bon signe. Cela prouve que les mentalités évoluent. Mais se contenter d’en discuter n’est pas suffisant. Après tout, il n’y a eu aucune réaction de la part des responsables.

 

Pensez-vous qu’il y aurait beaucoup à y gagner si le kif était dépénalisé ?

Mais bien évidemment. En termes de rendement, il n’y a pas photo ! Parlons au niveau régional, cela permettrait d’abord de valoriser beaucoup de régions. Cela permettrait d’assurer aux paysans une meilleure condition de vie, et un meilleur revenu. Cela pourrait aussi valoriser un potentiel d’espace et d’agro-système riche et important pour le pays. Le kif rapporte quatre fois plus que n’importe quelle production. Proposez-moi quelque chose qui rapporterait ne serait-ce que la moitié de ce que procurerait le kif et je serais partant dès demain. A l’échelle nationale, je ne vous apprends rien, cela entraînerait un accroissement du volume touristique. L’exportation du kif vers l’Europe apporterait des devises, etc.

Selon vous, en tant que citoyen et pas seulement en tant qu’économiste, cette légalisation serait-elle une bonne chose pour le pays ?

Je suis pour sa libéralisation, en plaçant cette démarche avant tout sur le registre des libertés individuelles. Cela relève malheureusement d’un problème de société, et je ne vois pas comment la réglementation pourrait le résoudre. Il y a un frein et de nombreuses considérations tant religieuses que politiciennes, voire même diplomatiques. Après tout, supposons que le Maroc légalise le kif, l’Union européenne ne le permettrait jamais. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ça ne risque pas d’arriver.

Propos recueillis par Ranya Sossey Alaoui et Eric Le Braz


CONTRE

Driss Ben Ali Â«â€‰On ne bâtit pas une Ă©conomie sur la commercialisation d’un poison »

Quel est l’état du marché du cannabis ?

On ne peut pas faire un Ă©tat du marchĂ© du cannabis au Maroc car l’Etat marocain ne donne pas de chiffres. Ce marchĂ© est une  jungle, les barons font ce qu’ils veulent et l’Etat les laisse faire. Quand j’étais jeune, je m’intĂ©ressais beaucoup Ă  ce sujet mais plus maintenant. Avant 1983, les terres de cannabis cultivĂ©es Ă©taient estimĂ©es Ă  12 000 hectares mais avec le programme d’ajustement structurel, le cannabis s’est dĂ©veloppĂ© d’une manière incroyable. On parle de 180 000 hectares !

 

Quels seraient les avantages de la légalisation ?

C’est une évidence, légaliser le cannabis fera entrer de l’argent dans les caisses de l’Etat. Ça réduira les circuits informels, et accentuera le contrôle de l’Etat mais aussi la transparence du marché. Mais s’il y a légalisation, le cannabis sera un produit de consommation comme un autre et, du coup, il sera soumis au principe de la taxation. Dans ce cas, il faudra aussi taxer les entreprises de traitement et de distribution, les consommateurs... En revanche, les producteurs, c’est-à-dire les agriculteurs, seront exonérés d’impôt.

 

Quels seraient les inconvénients de la mesure ?

Est-ce que le fait de rendre transparent ce secteur ne mettra pas Ă  nu l’incompĂ©tence de l’Etat marocain ? GĂ©rer le marchĂ© du cannabis ne sera pas chose facile. Et puis, le Maroc n’est pas connu pour sa transparence. Beaucoup de magouilles, d’opacité… et de pressions des lobbys qui prĂ©fèrent opĂ©rer dans l’ombre. C’est plus lucratif pour leur business. Certains barons de la drogue siĂ©geaient au Parlement, j’en connaissais mais je ne citerai pas de noms, ils avaient un fort pouvoir dĂ©cisionnaire dans le pays. Il  n’est pas bon de les contrarier.

Egalement, la légalisation incommodera très fortement l’Europe qui est farouchement contre ! S’ensuivront certaines mesures qui pénaliseront le Maroc comme des embargos. Les Européens pourraient même aller jusqu’à nous couper les vivres. Quelle que soit l’ampleur du marché du cannabis, il ne pourra jamais combler les aides européennes dont nous priverait cette légalisation. Et si le Maroc légalisait, ça pousserait d’autres pays de la Méditerranée à en faire autant. Du coup, le Maroc perdrait son avantage comparatif. De même, si l’Europe venait à légaliser le cannabis, ça fausserait le marché marocain qui ne subsiste à l’échelle internationale que grâce à la prohibition en Europe.

Je ne vois vraiment pas l’Etat marocain produire du cannabis. C’est quand même fou ! On parle bien d’une drogue, là. Il serait trop naïf de croire que le marché de la drogue redynamiserait l’économie du Maroc. On ne fait pas de l’argent avec de la malhonnêteté mais plutôt de l’inventivité, de la créativité… On ne bâtit pas une économie sur la commercialisation d’un poison. Cela aurait des conséquences culturelles graves, il n’y aurait plus de valeur morale, seul l’argent compterait. C’est la décadence !

Propos recueillis par Kaouthar Oudrhiri

 

***

 

A qui profite l’argent du cannabis ?

La prohibition est une mesure qui sert d’abord à enrichir ceux qui la contournent...

 

Le dernier rapport du Service de renseignement d’analyse sur la criminalité organisée français (Sirasco) ne fait que confirmer ce que l’on savait déjà : le trafic de haschich est un business qui rapporte gros, « un chiffre d’affaires de plus d’un milliard d’euros pour environ 250 tonnes de résine de cannabis consommées annuellement ». Et encore, il s’agit uniquement du chiffre d’affaires calculé pour l’année 2011 entre le Maroc et la France. Et le nord du Royaume fournit toute l’Europe...

Pour les spécialistes de la question, les estimations sont très en deçà de la réalité, non seulement pour ce qui est du trafic entre le Royaume et l’Hexagone mais également en ce qui concerne les chiffres réels du pactole que se partagent les barons locaux et les mafias espagnole et italienne qui tiennent le haut du pavé du marché de la drogue. Exploitant sans vergogne des paysans du Rif sous-payés, les barons locaux, dont beaucoup vivent aujourd’hui dans l’ombre et se distinguent de leur aînés par un train de vie anonyme et modeste, sont plus enclins à placer leur fortune dans des opérations financières complexes menées dans les places offshore, paradis de l’évasion fiscale. Avec un faible pour l’immobilier et l’assurance. Alors qu’une petite partie des bénéfices sert à soudoyer les gendarmes, les douaniers, les agents des forces auxiliaires ou encore les policiers qui permettent aux trafiquants de faire transiter la drogue librement. Quant aux connexions haut placées, elles ne sont jamais loin. C’est pour cela qu’une affectation dans un des postes frontières de Sebta ou Melilia équivaut à « un permis de s’enrichir » pour tout agent d’autorité qui a réussi à décrocher le sésame.

 

Blanchiment Ă  grande Ă©chelle

Qui s’occupe de blanchir tout ce pactole ? Des banquiers bien sous tous rapports, des chefs d’entreprises ayant pignon sur rue et même des promoteurs immobiliers de premier plan qui opèrent aussi bien au Maroc qu’en Europe. C’est en ce sens que l’affaire des frères Elmaleh est assez édifiante. Meyer, Nessim et Mardoché Elmaleh, arrêtés en octobre dernier après une filature de plusieurs mois, sont soupçonnés d’être à la tête d’un vaste réseau international qui va de la récolte de cannabis, dans le Rif marocain, jusqu’au blanchiment de l’argent à Genève, dans les banques les plus en vue. Les trois frères de la famille Elmaleh, d’origine marocaine, disposaient chacun d’un rôle clé dans un processus de blanchiment à grande échelle. Les opérations douteuses passaient essentiellement par GPF, appartenant à Meyer Elmaleh, un gestionnaire de fortune indépendant, réputé pour son sérieux sur la place financière suisse. GPF possédait plusieurs comptes en banque dans une agence HSBC de Genève, où étaient transférées des sommes d’argent retirées des comptes des évadés fiscaux.

 

Une adjointe au maire de Paris

La société de gestion financière avait ouvert des comptes pour des clients français auxquels était remis de l’argent liquide qui provenait du trafic de drogue à Paris. Parmi ces clients, Florence Lamblin, maire adjointe du XIIIe arrondissement de Paris et membre d’Europe Écologie Les Verts (EELV). L’argent restait bien entendu à Paris, mais par un jeu de recyclage, de compte à compte, à coup de fausses factures, il transitait par deux sociétés fictives à Londres, puis à Madrid pour arriver au Panama où une centaine de comptes ont déjà été identifiés. A partir de là, l’argent était réinvesti dans différentes affaires appartenant à la famille qui jouait aussi le rôle de prête-nom à plusieurs barons. « Cette affaire, qui a trouvé des ramifications aussi bien au Maroc que dans de nombreux pays européens, a d’ailleurs surpris les enquêteurs par l’ampleur des sommes qui transitaient », explique un enquêteur de la brigade des stup’ bien de chez nous.

 

L’arbre qui cache la forêt

Quels sont les secteurs les plus prisés pour ce blanchiment ? « L’immobilier reste le secteur en vogue pour les barons de la drogue, que se soit au Maroc ou en Europe. Dans le nord du pays mais même ailleurs, les barons sont régulièrement à l’origine des flambées irrationnelles des prix du mètre carré », explique un banquier qui fait remarquer que les dépôts qui font exploser les comptes dans les banques de Nador ne sont que l’arbre qui cache la forêt. Des promoteurs immobiliers qui opèrent à visage découvert comme les frères Echeeri à Tanger, ou les Arbiti à Tétouan, barons notoires qui font aussi dans le BTP, ne font pas exception. A Tanger, alors que les gens ne trouvent pas où se loger, on dénombre plus de 20 000 logements vides dont certains le sont depuis plusieurs décennies. Ceux qui connaissent bien la capitale du détroit sont conscients de l’origine de ces fortunes douteuses qui ont aujourd’hui investi des secteurs au-dessus de tout soupçon comme le transport maritime. Viennent juste après les transactions commerciales marquées par la surfacturation, l’achat de chèques contre espèces, les chaînes de restaurants, les stations-service, le commerce de luxe, les centres commerciaux, bref tous les secteurs où le paiement se fait essentiellement en espèces.

Abdellatif El Azizi

 

 

Les « Cannabis social clubs »  font des Ă©mules

La légalisation du cannabis dans deux Etats américains à l’occasion de l’élection présidentielle relance un débat qui, entre statu quo, dépénalisation et légalisation, n’en finit pas d’agiter les opinions publiques.

 

Aucun pays n’échappe au débat. La drogue est omniprésente, sur tous les continents, et même les régimes les plus sévères à l’égard de la production, de la vente et de la consommation de drogue font face au trafic qui alimente toute la filière, du producteur au consommateur. Une réalité qui divise, partout sur la planète, aussi bien l’opinion publique que les responsables politiques.

Le cannabis est au centre du débat, et voit son statut – de part et d’autre de l’Atlantique – singulièrement évoluer. Deux Etats américains viennent spectaculairement de légaliser sa consommation. Une légalisation « à des fins récréatives », à l’occasion de référendums organisés dans le cadre de l’élection présidentielle américaine. Le Colorado et l’Etat de Washington deviennent ainsi les tout premiers Etats américains, avec la Californie, à franchir le pas. Certes, le cannabis est déjà autorisé dans nombre d’Etats outre-Atlantique, mais uniquement à des fins médicales.

Si les Américains s’ouvrent à la légalisation, pour un usage « récréatif », c’est d’abord en raison de l’échec de la politique de répression jusqu’ici en vigueur (on estime à 1 500 milliards de dollars la somme investie dans cette démarche depuis quarante ans) qui n’a permis ni d’enrayer la consommation, toujours plus forte, ni de lutter efficacement contre les narcotrafiquants. Réservé aux adultes de plus de 21 ans, l’usage devra rester privé. Interdite dans l’Etat de Washington, sauf pour usage médical, la production personnelle sera autorisée dans le Colorado, à raison de six pieds, dont trois seulement en floraison.

Plus au sud, l’Uruguay envisage de légaliser la production et la vente du cannabis, dans le cadre d’un monopole d’Etat. Un projet de loi doit être discuté prochainement au Parlement, où la coalition de centre gauche du président José Mujica détient une confortable majorité. Montevideo n’entend pas pour autant transformer l’Uruguay (3,5 millions d’habitants) en pays producteur et vendeur de drogue. La production et la vente de cannabis devraient rester sous le contrôle de l’Etat. Un marché qui représente aujourd’hui quelque 670 millions de dirhams, contrôlé par les gangs de narcotrafiquants qui proposent par ailleurs des drogues autrement plus nocives aux quelque 300 000 consommateurs locaux.

Mais ce projet divise jusqu’au sein de la majorité parlementaire. La production serait assurée par une culture locale répartie sur environ 150 hectares, et la commercialisation auprès des seuls Uruguayens se ferait sous contrôle de l’Etat, à raison de moins de 30 grammes par personne et par mois (28 grammes au Colorado). L’Uruguay n’est pas le seul Etat sud-américain à envisager la légalisation du cannabis. Le Guatemala du président Molina y réfléchit. Quand à la Bolivie, où la feuille de coca est omniprésente, sa légalisation est également à l’ordre du jour.

 

L’Europe divisée

« Le vrai laxisme, c’est le statu quo ! ». La formule a pu surprendre, venant d’un ancien ministre de l’Intérieur français. Mais en présentant son rapport, en juin 2011, au groupe socialiste de l’Assemblée nationale, Daniel Vaillant en appelait ouvertement à une légalisation du cannabis et à une commercialisation contrôlée par l’Etat. Et de proposer la création d’une véritable filière nationale, avec une mise en production sur quelque 53 000 hectares et une distribution au sein de débits spécialisés, équipés de fumoir. Le député du 18e arrondissement de Paris n’est pas le seul responsable politique français à soutenir le bien-fondé d’une légalisation du cannabis. A droite comme à gauche, le débat est omniprésent dans toutes les campagnes électorales. Officiellement toutefois, cette légalisation n’est pas à l’ordre du jour et le président François Hollande s’empresse de contenir toute velléité de débat au sein même de sa majorité. Deux ministres ont ainsi été récemment recadrés, la verte Cécile Duflot, ministre de l’Egalité des territoires et du Logement, et le socialiste Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale, qui venait de se déclarer « favorable à l’ouverture d’un débat ». Entre répression, dépénalisation et légalisation, les responsables politiques français ne cessent de louvoyer, n’hésitant pas – d’une campagne présidentielle à l’autre – à changer de position. Pour l’heure, « la fermeté reste d’actualité », selon le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Ce qui n’empêche pas politiques, experts, médecins et médias de continuer à débattre publiquement de la pertinence, ou non, de la légalisation du cannabis.

Au-delà du cas emblématique des Pays-Bas qui, après avoir un temps interdit l’accès à ses célèbres coffee shops aux touristes étrangers, vient d’en rétablir l’accès à égalité de droit avec les Néerlandais, et où 1,5 million de « touristes », adeptes du cannabis, viennent chaque année s’y approvisionner en toute légalité, le reste de l’Europe reste divisé sur la question. Mais c’est sans doute à l’Espagne et surtout au Portugal qu’il convient de prêter attention. En Espagne, le système des clubs sociaux – les Cannabis social clubs, associations à but non lucratif tolérées par les autorités – permet aux Espagnols de se réunir pour, sous certaines conditions, cultiver et consommer du cannabis, dépénalisé depuis 1974. Au Portugal, le pays européen sans doute le plus libéral depuis la dépénalisation décidée en 2000, tant pour la consommation que l’acquisition de stupéfiants pour un usage personnel, le résultat est assez spectaculaire. Douze ans après la dépénalisation, l’usage de drogues a diminué singulièrement parmi les jeunes, et le Parlement devrait se saisir d’un projet de légalisation. C’est cette baisse de la consommation, et de la criminalité qui l’accompagne dans un système répressif, qui plaident – pour ses partisans – en faveur d’une légalisation contrôlée.

Yanis Bouhdou

 

Chaouen city shop

 

Aux Pays-Bas, ils se targuent d’avoir des coffee shops. Les touristes du monde entier s’y ruent. Cela, tout le monde le sait. Mais ce que beaucoup ignorent encore, c’est qu’au Maroc nous proposons mieux ! Nous avons carrément une « city shop » où tout le monde est le bienvenu, sans restriction aucune. Elle s’appelle Chaouen.

Dans cette petite ville paradisiaque du nord du Maroc, l’on fume son joint ou son « sebsi » de kif, comme on fume une cigarette. Le matin, après un bon petit dĂ©jeuner local, Ă  l’huile d’olive et au fromage de chèvre, l’on peut, sans aucune gĂŞne, sortir son carnet d’OCB et rouler son joint tranquillement en terrasse dans le centre-ville. Personne ne vous importune Ă  coups de regards assassins. Pas mĂŞme les familles casaouies ou rbaties rĂ©unies autour d’un thĂ©, Ă  cĂ´tĂ©  de vous. Car, mĂŞme lorsque l’on n’est pas de la rĂ©gion, on s’adapte très vite Ă  l’ambiance une fois sur place. Encore plus drĂ´le, des jeunes hommes viennent vous interpeller en pleine rue, sans aucune inquiĂ©tude, pour savoir si vous avez besoin d’une « mikiafa ». C’est-Ă -dire du shit.

A Chefchaouen, le débat sur la légalisation du cannabis est une étape franchie de facto il y a des décennies. Et cela ne gêne personne, parce que c’est culturel. C’est inscrit dans les mentalités.

Morale de l’histoire : légaliser le cannabis n’équivaut pas à la fin du monde ! C’est même moins dérangeant que de boire de l’alcool. Et puis, la « mikiafa » de Chaouen est infiniment meilleure que celle de Casablanca ou de Rabat, lesquelles sont souvent mélangées à des produits toxiques. Ce qui changerait si on légalisait le cannabis, c’est que l’on ne se cacherait plus pour fumer. Et cela éviterait aux consommateurs d’avoir toujours un joint « mhawar » ou un billet de 50 DH de plus, pour le filer au flic venu les interpeller pour « consommation de drogue ».

Ali Hassan Eddehbi

 

NB : Ceci n’est pas une incitation à la consommation de cannabis, mais tout juste un appel à la réflexion sereine sur ce sujet, au lieu de fermer la porte au débat, sans même se poser de questions.

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