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Le Mali « dĂ©-jeĂ»ne » sur Facebook 
actuel n°59, samedi 4 septembre 2010
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AprĂšs le pique-nique ramadanesque interdit par les autoritĂ©s en 2009, les « dĂ©-jeĂ»neurs » reprennent du service cette annĂ©e en lançant un dĂ©bat public sur le droit de ne pas observer le jeĂ»ne pendant le ramadan. Lubie ou nĂ©cessitĂ© vitale ? Le point.


***

Mais  « tu n’as toujours pas honte, espĂšce de bouseux », « tu veux crĂ©er la fitna au Maroc. Tu combas Allah et son prophĂšte. Tu iras en enfer toi et les juifs qui te soutiennent », « la mort vous attend, vous voilĂ  prĂ©venus ». InstallĂ© devant son ordinateur, Najib Chaouki, l’initiateur du groupe Facebook « Marocains pour le droit de ne pas jeĂ»ner pendant le ramadan », soupire en Ă©grenant les dizaines de messages d’insultes (voire mĂȘme des menaces de mort) qu’il reçoit quotidiennement sur son profil Facebook et sa boĂźte mail.

Quelques semaines avant le ramadan, ce cyberactiviste de 31 ans a relancĂ© le dĂ©bat sur l’abolition de l’article 222 du code pĂ©nal qui punit de 1 Ă  6 mois de prison les Marocains qui rompent le jeĂ»ne en public. Un dĂ©bat dĂ©jĂ  enclenchĂ© l’annĂ©e derniĂšre par le collectif « Mali » (Mouvement alternatif pour les libertĂ©s individuelles) qui avait tentĂ© d’organiser un pique-nique de protestation dans une forĂȘt aux alentours de Mohammedia. Une initiative finalement avortĂ©e par les autoritĂ©s. Un an aprĂšs, le dĂ©bat exacerbe toujours autant les passions.

Cette fois-ci, les « dĂ©-jeĂ»neurs » veulent Ă©viter la confrontation et appellent Ă  un dĂ©bat « serein » et « posé ». « Nous lançons un plaidoyer contre cette loi liberticide, anticonstitutionnelle (l’article 6 de la Constitution garantit la libertĂ© de culte) et contraire aux conventions internationales. Pour la changer, il faut sensibiliser un maximum de gens et contribuer Ă  changer les mentalitĂ©s », rĂ©sume Najib Chaouki qui mĂšne cette campagne avec ses amis du Mali et une poignĂ©e d’autres jeunes qui relayent le message sur Internet et Ă  travers les rĂ©seaux sociaux. MĂȘme si les « dĂ©-jeĂ»neurs » ont changĂ© leur sandwich d’épaule, le dĂ©bat est paradoxalement beaucoup plus soutenu cette annĂ©e. C’est qu’en «terre d’islam », remettre en question une pratique aussi sacrĂ©e pour la sociĂ©tĂ© attire forcĂ©ment les mĂ©dias. Des chaĂźnes satellitaires comme Al Jazeera, Al Arabiya, Al Hiwar, France 24 et la BBC ont invitĂ© sur leurs plateaux les jeunes du Mali. Des journaux marocains et mĂȘme internationaux comme The Economist ou Sydsvenskan (un journal suĂ©dois !) leur ont consacrĂ© des articles.

Si pour Najib Chaouki et ses amis l’objectif est partiellement atteint Ă  travers cette mĂ©diatisation, pour leurs dĂ©tracteurs, ce dĂ©bat n’en est pas un. « Si vous ne m’aviez pas appelĂ©, je ne me serais mĂȘme pas prononcĂ© sur ce sujet », annonce d’emblĂ©e Abdelilah Benkirane, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du PJD (Parti de la justice et du dĂ©veloppement).

« Libres de le faire en privé »

Pour ce dernier, « le jeĂ»ne est un phĂ©nomĂšne social au Maroc. La loi a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e pour ne pas heurter le sentiment religieux des Marocains. Ceux qui ne veulent pas jeĂ»ner sont libres de le faire en privĂ©. Quant Ă  dĂ©fier la loi, c’est de la provocation. »

Le prĂ©dicateur et parlementaire islamiste du Parti du renouveau et de la vertu (PRV) Abdelbari Zemzmi, abonde dans le mĂȘme sens, estimant que ce dĂ©bat est puĂ©ril :

« Quel service vont-ils rendre Ă  la sociĂ©tĂ© en appelant Ă  manger en public ? Qu’est-ce que cela a de constructif ? Rompre le jeĂ»ne publiquement ne servira qu’à attiser les tensions et Ă  provoquer la fitna (discorde sociale). » Un grief avancĂ© non seulement par les conservateurs et les islamistes mais Ă©galement par une partie de la frange progressiste qui considĂšre que tirer sur la corde du ramadan ne servira pas la cause des libertĂ©s individuelles.

Pour certains, ce dĂ©bat n’est pas une prioritĂ© tant il existe des problĂšmes « beaucoup plus importants ». De plus, ils estiment que la sociĂ©tĂ© n’est pas prĂȘte Ă  remettre en question une pratique aussi ancrĂ©e dans les mƓurs.

« La sociĂ©tĂ© n’est pas prĂȘte pour de nombreux dĂ©bats »

Dans le microcosme associatif, seule l’AMDH (Association marocaine des droits humains) affiche clairement son soutien Ă  l’initiative du Mali. La prĂ©sidente de l’ONG, Khadija Ryadi, qui a inscrit les libertĂ©s individuelles Ă  l’ordre du jour du dernier CongrĂšs, estime que ce dĂ©bat est positif et pas du tout farfelu : « La sociĂ©tĂ© n’est pas prĂȘte pour de nombreux dĂ©bats concernant les libertĂ©s individuelles. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas les Ă©voquer et militer pour les atteindre. On ne peut pas toujours changer la loi ou faire appliquer les conventions internationales, mais il faut tout de mĂȘme sensibiliser pour amener les Marocains Ă  accepter la diffĂ©rence. »

Pour Najib Chaouki et ses amis, la campagne actuelle contre l’article 222 n’est que l’illustration d’un combat plus global pour la libertĂ© de culte. « Nous avons choisi de commencer par cette loi parce qu’elle est particuliĂšrement liberticide, notamment la formule ‘‘quiconque connu pour ĂȘtre musulman’’ qui suppose que tout Marocain est musulman par dĂ©faut. Que fait-on des minoritĂ©s marocaines ? »

Que pensent les autoritĂ©s du dĂ©bat ? Pour l’heure, silence radio, si ce n’est cette information parue dans le quotidien Assabah qui fait Ă©tat de l’arrestation de deux mineurs Ă  Marrakech, le 19 aoĂ»t dernier, pour avoir mangĂ© en public. « Je suis conscient qu’il faudra du temps avant que l’idĂ©e ne fasse son chemin. Heureusement qu’à cĂŽtĂ© des menaces et des insultes, je reçois Ă©galement quelques tĂ©moignages de sympathie comme l’autre jour celui du vendeur d’un bureau de tabac qui m’a reconnu et m’a dit que ce que nous faisions Ă©tait bien », conclut Najib Chaouki, qui compte s’attaquer Ă  la libertĂ© d’expression aprĂšs le ramadan.

Zakaria Choukrallah

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