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MosquĂ©e de MeknĂšs Un drame et des questions
actuel n°36, samedi 27 février 2010
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Il aura fallu qu’une mosquĂ©e centenaire s’écroule sur la tĂȘte de dizaines de Marocains pour que des mesures soient prises. Que s’est-il passĂ© ? Qui est responsable ? Et surtout, peut- on continuer Ă  prier sereinement dans nos mosquĂ©es ?

Vendredi 19 fĂ©vrier, vers midi. Les ïŹdĂšles afïŹ‚uent Ă  la mosquĂ©e Lalla Khenata du quartier Bab Baradiyine, situĂ©e dans la vieille mĂ©dina de MeknĂšs. Ils ont pris part collectivement Ă  une priĂšre Ă  la mĂ©moire d’un mort du quartier. « Ce sera la derniĂšre priĂšre que nous effectuerons dans la mosquĂ©e qui va ĂȘtre rĂ©novĂ©e », aurait dĂ©clarĂ© l’imam Abdelali aux croyants qui s'alignent en rangs serrĂ©s. Il ne croyait pas si bien dire. A 12 h 45, alors que l’imam se prĂ©pare Ă  lire son prĂȘche, un bruit sourd envahit la salle. Quelques secondes plus tard, le plafond de la salle de priĂšre des hommes s’effondre sous le poids du minaret. Les personnes aux premiers rangs sont immĂ©diatement ensevelies. Les autres sont extirpĂ©es par les habitants du quartier. « Au dĂ©but, peu d’ambulances sont arrivĂ©es et ce sont les citoyens qui ont secouru le maximum de personnes pendant une heure et demi », raconte Abdellah Bouanou, membre du Conseil de la ville et dĂ©putĂ© PJD, qui a participĂ© Ă  l’opĂ©ration de secours. Bilan : 75 victimes dont 41 morts (y compris l’imam).

lendemain, le quartier enterre ses disparus dans la colĂšre et la douleur. Dimanche 21 fĂ©vrier. « Allah Akbar », « Que Dieu venge nos morts ! », s’écrient les familles des victimes, non loin de la wilaya de MeknĂšs. La population rĂ©clame des tĂȘtes. Peu rassurĂ©s par le discours ofïŹciel, les habitants doutent du sĂ©rieux de l’enquĂȘte judiciaire ouverte Ă  la demande du ministĂšre de la Justice. « Les manifestants sont habituĂ©s aux promesses en l’air. Ils craignent que les responsables du drame s’en sortent impunĂ©ment », explique Abdelaziz Ejdid, prĂ©sident de la section locale de l’AMDH (Association marocaine des droits humains). Devant l’ampleur des protestations, le wali, Mohamed Fawzi, a mĂȘme ordonnĂ© l’ouverture d’un bureau spĂ©cial pour enregistrer les plaintes des habitants. La mosquĂ©e est donc tombĂ©e
 mais contrairement Ă  l’adage, aucune responsabilitĂ© n’a (encore) Ă©tĂ© dĂ©ïŹnie clairement.

Les premiĂšres conclusions des autoritĂ©s, prises de court par le dĂ©sastre, ont Ă©tĂ© pour le moins hĂątives. Quelques heures aprĂšs le drame, Khalid Naciri, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, expliquait aux mĂ©dias que « cette tragĂ©die que rien ne laissait prĂ©voir, a Ă©tĂ© accĂ©lĂ©rĂ©e par les intempĂ©ries particuliĂšrement sĂ©vĂšres que connaĂźt le Royaume ». L’explication et le ton dĂ©ïŹnitif du ministre ne convainquent pas vraiment. La mosquĂ©e trois fois centenaire de Bab Baradiyine Ă©tait dans un piteux Ă©tat et menaçait de s’effondrer, selon plusieurs tĂ©moignages qui se recoupent. « Tout indiquait qu’une catastrophe allait avoir lieu dans cette mosquĂ©e et le pire aurait pu ĂȘtre Ă©vitĂ© », renchĂ©rit Abdellah Bouanou.

Cherchez le coupable

Si la piste des intempĂ©ries n’explique pas tout, sur quoi se base la vox populi pour remettre en question la version ofïŹcielle ? RĂ©ponse : un certain nombre d’indices avant-coureurs auraient dĂ» mettre la puce Ă  l’oreille des autoritĂ©s. Deux jours avant l’incident, des dĂ©bris du minaret seraient tombĂ©s sur le sol. L’imam de la mosquĂ©e aurait mĂȘme signalĂ© cet incident aux autoritĂ©s qui n’y auraient pas donnĂ© suite. De leur cĂŽtĂ©, les habitants auraient alertĂ© Ă  plusieurs reprises les autoritĂ©s locales et les Habous sur l’état dĂ©labrĂ© de la bĂątisse. Et notamment son minaret qui commençait Ă  s’incliner dangereusement. Pis, en juillet 2009, l’incendie d’un atelier de menuiserie mitoyen de la mosquĂ©e aurait fragilisĂ© davantage l’édiïŹce. En 2008, le roi y avait effectuĂ© une priĂšre du vendredi. À l’époque, 70 000 dirhams avaient Ă©tĂ© dĂ©boursĂ©s pour
 refaire la peinture de la façade ! Doit-on pour autant conclure Ă  la nĂ©gligence criminelle ? À ce stade, seule l’enquĂȘte de la police judicaire apportera des rĂ©ponses. Du cĂŽtĂ© du ministĂšre des Habous et des Affaires islamiques, on assure que rien ne prĂ©disait une telle catastrophe. InvitĂ© de l’émission Hiwar, Ahmed TaouïŹ k, le ministre des Habous et des Affaires islamiques Ă©carte d’emblĂ©e ces accusations, dĂ©clarant : « Aucune plainte, de quelque nature que se soit, n’a Ă©tĂ© enregistrĂ©e par le ministĂšre. »

Plus Ă©tonnant encore, la mosquĂ©e Lalla Khenata ne faisait mĂȘme pas partie de la liste des vieilles mosquĂ©es Ă  restaurer, Ă©tablie annuellement par le ministĂšre. Le dĂ©lĂ©guĂ© rĂ©gional des Habous et des Affaires islamiques (qui allait effectuer sa priĂšre dans la mosquĂ©e le jour du drame, selon Ahmed TaouïŹ k, ndlr) n’a constatĂ© des ïŹ ssures sur le bĂątiment qu’il y a trois mois. AussitĂŽt, une enquĂȘte a Ă©tĂ© ouverte. « Une architecte a Ă©tĂ© dĂ©pĂȘchĂ©e sur les lieux et a rĂ©alisĂ© un rapport Ă  la suite duquel le ministĂšre a dĂ©cidĂ© de procĂ©der Ă  une expertise complĂšte », a poursuivi Ahmed TaouïŹ k. Le ministĂšre des Habous aurait donc tout simplement manquĂ© de temps et fait les frais de la malchance
 Ce dĂ©but de rĂ©ponse est loin de sufïŹ re. AudelĂ  mĂȘme des Ă©vĂ©nements de MeknĂšs, ce drame interpelle surtout sur l’état gĂ©nĂ©ral des mosquĂ©es du Royaume.

Le précédent Aïn El Khail

D’ailleurs, l’effondrement de la mosquĂ©e de Bab Baradiyine n’est pas une premiĂšre du genre. Un drame similaire, s’était produit Ă  FĂšs. Le 4 novembre 2004, l’écroulement d’une maison qui menaçait ruine dans le vieux quartier Âatarine de la mĂ©dina, a eu des consĂ©quences dĂ©sastreuses. L’effondrement a entraĂźnĂ© la chute d’un mur de l’aile sud de la mosquĂ©e AĂŻn El Khail. RĂ©sultat : 11 dĂ©cĂšs et 7 blessĂ©s. La bĂątisse est pourtant classĂ©e monument historique ; au 12 siĂšcle, Ibn Arabi venait s’y recueillir.

Actuellement fermĂ©e au public, la mosquĂ©e attend toujours d’ĂȘtre rĂ©habilitĂ©e. Dans l’intervalle, le lieu de culte devient en lui-mĂȘme une menace pour les maisons avoisinantes. « Le minaret, construit sans fondations, risque de tomber Ă  n’importe quel moment. C’est une vĂ©ritable bombe Ă  retardement », afïŹrme Adil Belmlih, un maroquinier dont l’échoppe est adjacente Ă  la mosquĂ©e. «Entre-temps, j’ai beau colmater les brĂšches, l’eau n’arrĂȘte pas de s’inïŹltrer dans ma boutique, fragilisant mes propres murs qui s’effritent Ă  vue d’Ɠil. Les autoritĂ©s auraient au moins pu goudronner le plafond de la mosquĂ©e en attendant de rĂ©parer », nous explique-t-il.

ThĂ©oriquement, et depuis 2006, la direction des mosquĂ©es a entamĂ© un vaste plan de restructuration des lieux de culte qui concernait 641 mosquĂ©es dĂ©labrĂ©es. De ce total, seuls 148 lieux de culte ont effectivement Ă©tĂ© rĂ©novĂ©s. La raison avancĂ©e pour expliquer ces retards est (encore une fois) le nombre considĂ©rable de chantiers et le caractĂšre rĂ©cent de l’expĂ©rience (la direction des mosquĂ©es n’ayant Ă©tĂ© crĂ©Ă©e qu’en 2004). MalgrĂ© l’hĂ©catombe, les Ă©vĂ©nements de MeknĂšs auront au moins eu un effet positif : l’accĂ©lĂ©ration de la cadence pour Ă©viter que le pire ne se (re)produise. Le roi a lui-mĂȘme ordonnĂ© une « expertise urgente » de toute les anciennes mosquĂ©es Ă  travers le pays. Une commission composĂ©e d’architectes, d’experts et de cadres ministĂ©riels sillonne actuellement le Royaume Ă  la recherche de bĂątiments qui pourraient poser problĂšme.

Des premiĂšres dĂ©cisions ont Ă©tĂ© prises : deux mosquĂ©es situĂ©es dans les quartiers de Hay Annajarine et de Zaitouna Ă  MeknĂšs sont dĂ©sormais fermĂ©es au public depuis la semaine derniĂšre. Le plan de restauration des mosquĂ©es a, lui, bĂ©nĂ©ïŹ ciĂ© d’un sĂ©rieux coup d’accĂ©lĂ©rateur. Le ministre des Habous et des Affaires islamiques a annoncĂ© que le budget allouĂ© Ă  cette mission a Ă©tĂ© doublĂ© cette annĂ©e. Il s’élĂšve Ă  60 millions de dirhams et devrait proïŹ ter d’urgence Ă  13 mosquĂ©es dĂ©labrĂ©es.

Pendant ce temps, à El-Hamra


L’État a donc pris Ă  bras-le-corps le problĂšme, mais il doit faire face au chantier pharaonique qu’est l’expertise. Celle-ci porte sur 43 000 Ă  50 000 bĂątisses (entre mosquĂ©es historiques, nouvelles bĂątisses, salles de priĂšres, etc.)
 Autant de mosquĂ©es Ă  contrĂŽler. « Vous n’avez pas idĂ©e de l’état dans lequel se trouvent certaines de nos mosquĂ©es », se dĂ©sole Abdelbari Zemzmi, dĂ©putĂ© PRV (Parti du renouveau et de la vertu) et imam de la mosquĂ©e Al-Hamra Ă  Casablanca. « La nĂ©gligence est manifeste : nous n’avons mĂȘme pas assez d’argent pour changer les ampoules et retaper les fuites d’eau du toit », poursuit l’imam.

Comment peut-on expliquer autant de laisser-aller de la part d’un des ministĂšres les mieux dotĂ©s ? La question se pose avec acuitĂ©, d’autant plus que les bienfaiteurs – premiers investisseurs dans ce secteur - seraient heureux d’entreprendre des travaux. « Nous avons reçu des propositions fermes de la part d’un Marocain rĂ©sidant aux États-Unis et qui nous a promis des aides consĂ©quentes de la part de plusieurs mĂ©cĂšnes amĂ©ricains pour la restauration de la mosquĂ©e AĂŻn El Khail. Cela fait trois ans que nous essayons d’entrer en contact avec la dĂ©lĂ©gation rĂ©gionale des Habous. Sans succĂšs », tĂ©moigne Kenza Hammouni, cadre dans un cabinet d’architecture fassi.

En fait, depuis la modiïŹcation de la loi relative aux lieux de culte musulman en 2007, il est beaucoup plus difïŹcile pour les mĂ©cĂšnes d’investir dans les mosquĂ©es. Depuis cette date, les bienfaiteurs doivent se constituer en association. La gestion de la mosquĂ©e relĂšve du ministĂšre qui ne peut dĂ©lĂ©guer cette responsabilitĂ© qu’à la signature d’une convention avec l’association en question. OĂč se situe donc le problĂšme ? « Cette loi part certes d’une bonne intention, celle de mettre ïŹ n Ă  l’anarchie qui prĂ©valait auparavant. En rĂ©alitĂ©, elle se rĂ©vĂšle contraignante. L’exemple le plus frappant est celui du gouverneur qui tergiverse longtemps avant d’accorder un per mis de construire ou de rĂ©habilitation », explique Zemzmi.

Pas de démissions


Autre effet retors de la lĂ©gislation : « Cette loi a surtout Ă©tĂ© pensĂ©e au lendemain des attentats du 16 mai, quand l’État a dĂ©cidĂ© de contrĂŽler de prĂšs le fait religieux et de barrer la route aux ïŹ nancements occultes et Ă  la mainmise des islamistes takïŹ ristes sur les lieux de culte », analyse Mohamed Darif, politologue spĂ©cialisĂ© dans le fait religieux. De plus, poursuit-il, « les autoritĂ©s ont davantage mis l’accent sur les ressources humaines en formant les imams. Au dĂ©triment de la maintenance des lieux de culte », assĂšne notre observateur. En dĂ©ïŹnitif, et mĂȘme si le ministĂšre des Habous et des Affaires islamiques n’est pas le seul concernĂ© par la catastrophe (il y a le ministĂšre de l’IntĂ©rieur et les autoritĂ©s locales, l’urbanisme, etc.), c’est ce dĂ©partement qui se retrouve en mauvaise posture.

Des tĂȘtes, vont-elles tomber ? Pour l’heure, nous assure une source en off, il n’est pas question d’une dĂ©cision dans ce sens. « Les cadres du ministĂšre n’ont rien fait de mal pour subir une quelconque punition (sic) », poursuit notre source. C’est donc Ă  la Justice de prendre ses responsabilitĂ©s. L’effondrement d’un mur de l’aile sud de la mosquĂ©e AĂŻn El Khail a causĂ© la mort de 11 personnes. Actuellement fermĂ©e au public, la mosquĂ©e attend toujours d’ĂȘtre rĂ©habilitĂ©e et menace les maisons avoisinantes.

Zakaria Choukrallah

Trois questions Ă ...

Ahmed TaouïŹk, ministre des Habous et des Affaires islamiques

« Nous espérons que le ciel sera clément les deux prochains mois »

Sommes-nous Ă  l’abri d’un remake de ce qui s’est passĂ© Ă  MeknĂšs ?

AHMED TAOUFIK : Dans l’absolu, je dirais que nous ne sommes jamais Ă  l’abri de quoi que ce soit. En revanche, il est sĂ»r qu’il y a eu une prise de conscience des risques aprĂšs la catastrophe de MeknĂšs. Nous serons plus vigilants.

Le ministĂšre est pointĂ© du doigt Ă  plus d’un titre dans ce drame. Que rĂ©pondez-vous ?

Avant de condamner le ministĂšre, il faut savoir qu’aucune autre instance Ă©tatique ou privĂ©e n’a autant de bĂątisses Ă  gĂ©rer (50 000, ndlr). De plus, plusieurs blocages compliquent notre mission. Je vous donne un exemple : des milliers d’habitations des Habous doivent ĂȘtre Ă©vacuĂ©es, nous avons envoyĂ© l’ordre aux concernĂ©s qui refusent toujours de quitter les lieux.

Quand la commission d’enquĂȘte sur les mosquĂ©es va-t-elle rendre ses conclusions ?

La commission est Ă  pied d’Ɠuvre et d’ici une dizaine de jours nous aurons plus de visibilitĂ© sur les mosquĂ©es qui posent problĂšme. Nous aurons ensuite beaucoup de travail Ă  faire : Ă©tudier et classer les ïŹches prĂ©parĂ©es par la commission, diagnostiquer les problĂšmes et y mettre un terme. La marge de l’invisible sera rĂ©duite. Nous espĂ©rons seulement que le ciel sera clĂ©ment les deux prochains mois et que les intempĂ©ries ne poseront pas problĂšme.



BILLET : « Un ministre, ça dĂ©missionne
 »

C'est une foule dĂ©chaĂźnĂ©e, composĂ©e de personnes de tous Ăąges, qui est sortie dans les rues de MeknĂšs pour crier sa colĂšre contre le gouvernement et les Ă©lus dimanche dernier. Il est assez rare que des citoyens dĂ©cident spontanĂ©ment de descendre dans la rue pour protester contre une catastrophe de l’ampleur de celle de MeknĂšs. Ici, les parents des victimes, les voisins, les gens se sont rĂ©voltĂ©s pour demander qu’on dĂ©limite clairement les responsabilitĂ©s dans le drame de la mosquĂ©e de la vieille mĂ©dina.

Au lendemain du sinistre, on s’est ingĂ©niĂ© Ă  maintenir la confusion entre risque et catastrophe, entre les nĂ©gligences du dĂ©partement de tutelle, les manquements des Ă©lus et les caprices de la mĂ©tĂ©o, franchissant le seuil critique entre la tolĂ©rance et l’inacceptable. La garantie de services publics de qualitĂ© est une question politique importante. Des mosquĂ©es qui ne s’écroulent pas aux premiĂšres gouttes de pluie, des Ă©coles valables, des hĂŽpitaux opĂ©rationnels, des eaux salubres, des transports ïŹ ables, tout cela relĂšve de la responsabilitĂ© des Ă©lus et de celle des politiques de tous bords.

Gouverner les services d'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral ne se limite pas uniquement au champ d’action de bureaucrates engoncĂ©s dans leurs costumes signĂ©s et rĂ©fugiĂ©s dans des bureaux climatisĂ©s Ă  l’abri de la vindicte des foules. C’est aussi la responsabilitĂ© des hommes politiques qui ont acceptĂ© de siĂ©ger au gouvernement. Ahmed TaouïŹ q dĂ©missionnera-t-il ? Il ne faut pas rĂȘver. Nous ne sommes pas au Burkina Faso oĂč le ministre du Travail et de la SĂ©curitĂ© sociale, vient de rendre le tablier « pour convenance morale » Ă  la suite d’une histoire de mƓurs.

Abdellatif El Azizi


SOS Bab Baradiyine

Plus d’une semaine aprĂšs le drame, le quartier ne s’est toujours pas remis du choc. Un climat de mĂ©ïŹance s'est installĂ©.

Kamal Mourahi, forgeron de pĂšre en ïŹls, a passĂ© le plus clair de ses 44 ans dans la mĂ©dina. Assis cet aprĂšs-midi devant son modeste magasin, presque dĂ©sert, juste en face de l'emplacement de la mosquĂ©e Lalla Khnata, il n’arrĂȘte pas de se remĂ©morer le drame du vendredi 19 fĂ©vrier dernier dont il a Ă©tĂ© tĂ©moin. « Cela a commencĂ© par un craquement Ă  peine audible. L’instant d’aprĂšs, le minaret s’est Ă©croulĂ©. Un nuage Ă©pais de poussiĂšre s’est installĂ©. Je ne pouvais rien voir
 seulement entendre, le bruit des murs et des toits qui Ă©clataient et les cris des victimes. ».

S’il afïŹrme ĂȘtre triste pour les 41 morts, c’est l’image, la toute derniĂšre, de Mohamed Benamara, cet apprenti-menuisier de 14 ans dans une Ă©choppe voisine, qui l’aura le plus terriblement marquĂ©. Le jeune Mohamed a littĂ©ralement Ă©tĂ© englouti dans les dĂ©bris. Abattu, Mourahi est Ă©galement inquiet. Plus aucun client ne sollicite ses services. Et il a perdu pratiquement tout son matĂ©riel suite Ă  l’effondrement. « Je n’ai d’autre choix que d’attendre que les travaux de dĂ©molition et de restauration prennent ïŹ n pour enïŹn reprendre une activitĂ© normale », dit-il, ne perdant pas des yeux l’entrĂ©e de Bab Baradiyine, situĂ©e Ă  quelques mĂštres d’une mosquĂ©e -oĂč s’activent de nombreux maçons - , surveillĂ©e et bloquĂ©e par une armĂ©e de policiers.

Population démunie

Avec des membres des forces auxiliaires, ils ïŹltrent les passants. OfïŹciellement, on voudrait que l’enjeu soit la sĂ©curitĂ© des habitants et des visiteurs du quartier. Mais il paraĂźt clair que les autoritĂ©s craignent des rĂ©actions collectives d’une population qui ne dĂ©colĂšre pas. Pour la mosquĂ©e et ses victimes mais aussi contre l’état de dĂ©labrement dont souffrent un grand nombre de maisons et bĂątiments. Elles sont 200 Ă  menacer ruine.

Fissures, toits littĂ©ralement Ă©ventrĂ©s, des murs qui s’effritent
 une visite renseigne Ă  plus d’un titre sur les dangers qu’encoure une population dĂ©munie au quotidien. « Avec mes trois enfants, j’ai prĂ©fĂ©rĂ© partager les deux piĂšces d’une voisine que de rester otage d’un toit qui menaçait de nous tomber dessus », nous informe Touria. Que font les autoritĂ©s ? « Nous ne cessons de leur Ă©crire, mais nous sommes toujours sans rĂ©ponse », nous dit cet habitant qui improvise, dans le dĂ©dale des ruelles, une collecte de signatures pour une lettre de protestation. La Ă©niĂšme du genre.

Tariq Qattab, Ă  MeknĂšs

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N°55 : Enseignement supĂ©rieur privĂ©, un cadre pour la rĂ©ussite
N°54 : Menace terroriste : Faut-il avoir peur ? 
N°53 : MĂ©decine La libĂ©ralisation de la discorde
N°52 : Espagne La fiĂšvre anti-niqab monte
N°51 : Radio   Peur sur les ondes
N°50 : Argent, drogue et politique Liaisons trĂšs dangereuses
N°49 : Femmes cĂ©libataires, le grand dilemme 
N°48 : Botola  La fin de l’amateurisme
N°47 : Le Maroc, cyberparadis des hackers 
N°46 : Sexe Ă  la marocaine,  entre hram et hchouma
N°45 : Le (contre) bilan de santĂ© de Baddou 
N°44 : Pourquoi les homos font peur 
N°43 : Chefchaouen,  Ă©co-ville Ă  la conquĂȘte de l’oued
N°42 : Tremblement de terre :  Les sismologues veillent sur nous
N°41 : Changements climatiques, Ce qui nous attend...
N°40 : Demain, un Maroc laĂŻque ? 
N°39 : Francophonie ? Cacophonie 
N°38 : Malek Chebel L’anti Ramadan
N°37 : Cyclisme Les gloires oubliĂ©es de la « petite reine »
N°36 : MosquĂ©e de MeknĂšs  Un drame et des questions
N°35 : Drogue Le baron fait tomber de grosses pointures
N°34 : Le Niqab et nous
N°33 : Internet Peut mieux faire!
N°32 : Code de la route Les enjeux d’un dĂ©brayage
N°31 : Environnement Ce que nos VIP en pensent
 
 
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